Comment stopper la baisse vertigineuse des rendements?

dimanche, 22.09.2019

Certains analystes estiment qu’un retournement de tendance dépendra principalement de l’attitude de l’Allemagne.

Gianni Pugliese*

Les arbres ne montent pas au ciel. Cela n’a cependant pas empêché le cours de l’emprunt 2,1% Autriche 20.09.2117 d’atteindre 210,25% le 15 août dernier. Même si cet exemple est extrême, il ne fait que refléter la frénésie qui règne sur les marchés obligataires souverains en Europe. Depuis, le prix est retombé à environ 184,00%, offrant un rendement dérisoire de 0,84% pour un placement à un siècle. Il était de 2,10% lors de son émission en septembre 2017.

Alors quels facteurs pourraient mettre un terme à la baisse vertigineuse des rendements? Un test majeur serait des émissions importantes de dettes gouvernementales, notamment l’Allemagne, dans l’optique de relance budgétaire. Les Pays-Bas et la Finlande ont déjà effectué des pas dans cette direction. Mais certains analystes estiment qu’un retournement de tendance – suite à l’augmentation de l’offre de titres étatiques d’abord, puis via l’inflation – dépendra principalement de l’attitude de l’Allemagne. 

M. Draghi a insisté sur la nécessité de mise en œuvre de mesures budgétaires car la politique monétaire, à elle toute seule, a ses limites. Mme Lagarde pourrait le suivre lorsqu’elle lui succédera étant donné ses prises de positions passées au sein du FMI. Le ministre allemand des Finances, M. Scholz, a évoqué un éventuel plan de relance de 50 milliards d’euros, mais seulement en cas de crise économique. Or, le pays est lié par des contraintes inscrites dans la constitution: le frein à l’endettement et la politique du «zéro noir», qui rend obligatoire le vote d’un budget équilibré. Selon ces règles, l’Etat fédéral n’est pas autorisé à contracter de nouvelles dettes au-delà de 0.35% du PIB... Il semblerait toutefois que la constitution offre une marge de manœuvre en cas de crise, une latitude d’autant plus acceptable que le niveau d’endettement devrait tomber sous la ligne de 60% du PIB. 

Ouvrir de nouvelles perspectives

D’autres pays explorent le terrain. Les Pays-Bas ont dévoilé une proposition de fonds national d’investissement d’une taille éventuelle de 50 milliards d’euros et la Finlande envisage d’augmenter ses dépenses de 2,1 milliards d’euros dans son budget 2020. Mais seul un changement de cap budgétaire du gouvernement allemand aurait un impact assez puissant pour ouvrir de nouvelles perspectives. En effet, si l’inflation devait amorcer un retour crédible, les obligations pourraient rapidement perdre leur attrait au profit de classes d’actifs plus risquées. La BCE deviendrait moins accommodante et la dette perdrait un pilier de soutien crucial. 

L’absence de mouvement des rendements reflète le manque de conviction sur la matérialisation imminente d’un tel scénario. Le rendement du Bund demeure négatif à -0,51% et ceux des 10 ans italiens et espagnols sont proches de leurs plus bas historiques. Une rupture du pacte de stabilité et de croissance par le gouvernement allemand constituerait un retournement spectaculaire qui aurait le pouvoir de provoquer une remontée des rendements européens. Les analystes en concluent qu’une relance budgétaire en Allemagne serait une aubaine pour les classes d’actifs risquées. A se demander alors jusqu’où grimperaient les rendements...

*Analyste Obligations chez Mirabaud & Cie






 
 

AGEFI




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