Ce que Jerome H. Powell a réellement dit

mardi, 11.06.2019

Marie Owens Thomsen*

Marie Owens Thomsen

On peut comprendre la volonté de la Fed de revoir sa communication avec les marchés, car il existe un fossé entre les propos de M. Powell et la manière dont ils sont repris. Toute personne intéressée peut lire le discours prononcé par M. Powell le 4 juin à Chicago sur le site internet de la Fed.

Arrêtons-nous quelques instants sur le deuxième paragraphe de son intervention:
«J’aimerais tout d’abord dire quelques mots, en particulier sur les récents développements des négociations commerciales. Nous ne savons pas de quelle manière ces questions seront réglées et quand elles le seront. Nous suivons attentivement les implications sur les perspectives économiques américaines et, comme toujours, nous agirons de manière adaptée pour soutenir la croissance, avec un marché du travail solide et une inflation proche de notre objectif symétrique de 2%.»

Ces propos sont on ne peut plus clairs – la banque centrale s’exprime ici uniquement sur sa détermination de mener sa politique monétaire en fonction de ses objectifs. Toute interprétation dans le sens d’un raidissement ou d’un assouplissement particulier de celle-ci semble un acte de foi, et non un fait. Contrastons les remarques de M. Powell avec la déclaration de la Banque centrale européenne le 6 juin: «Le conseil des gouverneurs s’attend maintenant à ce que les taux directeurs de la BCE restent à leur niveau actuel au moins jusqu’à mi-2020, et ce aussi longtemps que nécessaire pour assurer la convergence soutenue de l’inflation avec des niveaux qui sont inférieurs mais proches de 2% sur le moyen terme.» 

Au fond, les deux banques centrales disent la même chose: qu’elles entendent faire le nécessaire pour atteindre leurs objectifs, mais la banque européenne nous communique ici une information supplémentaire sur l’évolution de ses taux directeurs. Il s’agit d’une communication bien différente de celle émise par la Fed. 

Par contre, M. Powell s’est montré plus précis sur d’autres aspects. Il a dit qu’il serait peut-être temps de ne plus qualifier de «non conventionnel» les outils utilisés pendant la crise, notamment les achats et les ventes de titres, même si ceux-ci ne devaient pas être considérés comme un substitut à l’outil traditionnel, que sont les taux d’intérêt. Nous comprenons ici que l’assouplissement quantitatif et le resserrement monétaire sont désormais des éléments permanents de la boîte à outils, même s’ils complèteront, et ne remplaceront pas, l’utilisation du taux d’intérêt court terme comme outil de politique monétaire.

Quant au « graphique en points» (dot plot), M. Powell nous explique qu’il illustre ce que ferait un participant du FOMC si les choses se passaient comme prévu. Mais, nous vivons une époque caractérisée par des changements importants, fréquents et inattendus dans la structure sous-jacente de l’économie. Dans cet environnement, le message à transmettre serait davantage la manière dont la banque centrale répondrait aux imprévus plutôt que ce qu’elle ferait en temps normal. M. Powell a donc répété son message du début d’année: si vous prêtez trop d’attention aux points, vous risquez de rater l’intrigue.

Pour le reste, prêtez trop d’attention aux intrigues, et vous risquez de rater les «points clés».

* Global Head of Economic and Investment Research, Indosuez Wealth Management






 
 

AGEFI



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