High Yield américain: des risques oui, mais pas trop

vendredi, 13.12.2019

Ce marché n’aura, cette année, pas donné raison au proverbe danois «qui veut jouer et gagner gros doit risquer».

Catherine Reichlin*

Depuis 30 ans, lorsque le marché du high yield américain (HY US) clôture l’année sur une progression à deux chiffres, le segment de moins bonne qualité CCC réalise une performance supérieure à celle du BB de meilleure qualité. Au 12 décembre, l’indice Barclays Bloomberg US Corporate High Yield est en hausse de 13,1%, le segment BB a progressé de 14,9% alors que le CCC n’a gagné que 6,6%! 

Quelle est la particularité de ce cru 2019? La croissance économique est au rendez-vous mais elle reste historiquement faible et montre que, dans ce contexte, les investisseurs sont prêts à prendre des risques... mesurés. L’évolution des écarts de rendement est parlante. Entre la catégorie BBB et la BB il s’est réduit de 1,6% au début de l’année à 0,46%. Sur la même période l’écart entre le CCC et le BB a augmenté de 6,30% à 7,30%!

Comment expliquer ce succès?

A l’intérieur des segments, cette tendance se retrouve et les titres les moins risqués tirent leur épingle du jeu. Et tant que la croissance ne retrouvera pas plus de vigueur, la tendance devrait perdurer. L’arrivée de Twitter sur le marché obligataire HY US illustre l’état d’esprit des investisseurs, prêts à prendre des risques mais des risques limités. Lorsque les discussions ont commencé, les niveaux de rendements évoqués pour cet emprunt de maturité 8 ans en dollar étaient de 4,50%. Avec les premières indications officielles, le rendement a été réduit autours 4%. Avec des carnets d’ordres dépassant les 6 milliards de dollars, Twitter a finalement émis 700 millions de dollars (contre un plan initial de 600 millions de dollars) avec un coupon de 3,875%, soit l’un des plus faibles cette année pour de nouveaux emprunts BB. 

Comment expliquer ce succès? Le marché est certes dans une configuration porteuse pour les actifs offrant du rendement mais ce n’est pas tout. Au contraire d’autres émetteurs emblématiques comme Netflix, Tesla ou WeWork, Twitter génère un cash flow libre qui pourrait atteindre 1 milliard de dollars cette année, détient près de 5,8 milliards de dollars de cash et est très faiblement endettée. Le rendement de l’obligation reflète cette bonne santé et se situe actuellement à 3,85%. En comparaison, le rendement moyen des obligations HY US est de 5,32% et celui d’une obligation comparable de Netflix, de même rating, est de 4,36%. 

La qualité se paie et les investisseurs sont prêts à y mettre le prix, voire même à payer cet emprunt HY sur des niveaux proches de la «catégorie investissement». Twitter n’est qu’à une marche de la «catégorie d’investissement» et fait partie des potentielles «étoiles montantes» qui pourraient quitter l’univers HY l’année prochaine. A cela s’ajoute le fait que l’entreprise est en train de devenir une cible attractive pour des opérations de M&A. Les investisseurs veulent toujours «jouer», quitte à gagner moins... pour risquer moins.

*Responsable Recherche financières chez Mirabaud & Cie






 
 

AGEFI




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