Cabbale contre Carlos Ghosn

jeudi, 22.11.2018

Michel Santi*

Michel Santi

La destitution de Carlos Ghosn? En aucun cas une affaire juridique et encore moins pénale: plutôt une révolution de palais. C’est en effet à Nissan que profite le crime, principalement à son PDG, Hiroto Saikawa, qui a bien du mal à cacher sa satisfaction d’avoir détrôné Ghosn après dix-heuf ans de règne sans partage non seulement sur les compagnies qu’il contrôlait, mais également sur le monde des constructeurs automobiles en général..

Ayant sauvé Nissan de la faillite, ayant absorbé Mitsubishi l’an dernier, Ghosn tombe donc pour des accusations selon lesquelles il aurait dissimulé sa rémunération… laquelle est pourtant publique et aisément accessible! Alors, certes, elle avait largement de quoi choquer le monde des affaires nippons où les salaires des grands patrons sont sensiblement plus modestes que ceux de leurs confrères occidentaux. Pour autant, cette différence de culture déteignait également sur le plan des relations compliquées qu’entretenait Ghosn avec le gouvernement japonais de plus en plus préoccupé par la balance des pouvoirs entre Renault et Nissan, tant et si bien qu’il a rompu avec l’approche japonaise traditionnelle discrète pour faire de l’arrestation - devant caméras - de Ghosn une affaire spectaculaire visant à totalement le discréditer.

Il est vrai que les exceptionnels profits de Nissan et sa productivité (lui permettant de générer un cash flow qui est le double de celui de Renault par salarié) confère au constructeur nippon une position dominante par rapport au français, même si la structuration du conglomérat (donc l’Etat français est actionnaire à hauteur de 15%) complique énormément la tâche des officiels japonais qui complotent depuis déjà un certain temps pour en reprendre le contrôle. Il faut dire qu’ils se heurtent aux prétentions françaises soucieuses de ne pas mettre en péril les emploi procurés par Renault.

Il n’en reste pas moins que Carlos Ghosn semble avoir été précipité de son piédestal car une réunion des forces de Nissan et de Mitsubishi autoriserait - au moins sur papier- de racheter les autres actions, avec le soutien implicite de l’énergique premier ministre Shinzo Abe. Il suffirait en effet que Nissan achète 10% d’actions de plus de Renault, et que sa participation dans la compagnie française passe ainsi à 25%, pour que cette dernière perde ses droits de vote dans Nissan, selon les lois japonaises! Hypothèse - absolument pas fantaisiste - qui ferait également perdre la place de Renault au conseil d’administration de Nissan, qui semblait bien avoir été pressentie par Carlos Ghosn devenu dès lors l’empêcheur de tourner en rond…

Quoiqu’il en soit, l’éviction brutale de Ghosn semble plus que jamais éloigner une Renault, blessée par un tel événement, d’une Nissan qui s’affranchit désormais définitivement de sa tutelle et qui, en faisant tomber Ghosn, accomplit un geste très freudien consistant à tuer le père. Pour s’en convaincre, il aura suffi d’écouter les interviews accordées aux télés japonaises par le PDG de Nissan, Hiroto Saikawa, juste après l’arrestation de Ghosn. Au lieu de rendre hommage au sauveteur de Nissan, Saikawa ne manqua pas de noter le «long régime» de Carlos Ghosn dont il s’emploierait à «éliminer les aspects négatifs», préférant ne pas répondre à la question si son patron était un «tyran ou une personne charismatique»!

Cet épisode de l’arrestation de Carlos Ghosn est donc tout à fait rocambolesque et les reproches lui étant formulés sont tout sauf plausibles. Pourquoi aura-t-il fallu une enquête pour découvrir son salaire? Auquel cas, ceci poserait pour le moins des problèmes de gouvernance graves au sein d’une société cotée en bourse, dont le CEO de Nissan ne peut strictement pas se laver les mains.

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