Brexit, la saga interminable qui n’a pas fini de nous étonner

jeudi, 04.04.2019

Cédric Spahr*

Cédric Spahr

Le troisième rejet de l’accord conclu entre Theresa May et l’Union Européenne risque de renvoyer le Brexit prévu aux calendes grecques. La date butoir pour la sortie du Royaume-Uni fixée au 12 avril par l’UE crée une pression sur le parlement britannique pour envisager d’autres alternatives parmi lesquelles figurent un second référendum et une prolongation substantielle de la période de transition. Malgré une volatilité à court terme élevée de la livre sterling, la monnaie et les actions britanniques se traitent avec une décote importante qui ouvre des possibilités d’investissements intéressantes sur un horizon à 12 mois. 

L’interminable feuilleton du Brexit promet de se prolonger durant le deuxième trimestre 2019 et probablement bien au-delà. La classe politique britannique a seulement réussi à se mettre d’accord sur le plus petit dénominateur commun, qui consiste à rejeter l’idée du sortie du Royaume-Uni hors de l’Union Européenne sans un accord de sortie qui définisse les relations futures entre les deux puissances économiques. 

Alors que la Commission Européenne a annoncé une sortie sans accord du Royaume-Uni pour le 12 avril en cas de rejet de l’accord négocié par Theresa May, qui semble maintenant condamné par un troisième rejet du parlement britannique, nous estimons qu’il ne faut pas sous-estimer la créativité des Britanniques et celle de l’UE en cas d’impasse. Une sortie sans accord nuirait indéniablement à la Grande-Bretagne et pénaliserait plus particulièrement son secteur financier. Il ne faut cependant pas oublier qu’une sortie non-coordonnée restreindrait l’accès des exportateurs de l’UE, Allemagne en tête, au marché d’un pays développé comptant 66 millions d’habitant. 

Les députés britanniques, qui ne veulent pas d’une sortie sans accord, rejettent l’accord actuel que la Commission Européenne a présenté comme n’étant guère susceptible de modifications ultérieures. Le parlement britannique semble décidé à soumettre au vote un éventail de possibilités, dont les plus intéressantes sont la tenue d’un deuxième référendum ou une extension substantielle de la période de transition. De là à se demander si la solution éventuelle consistera à renoncer à la sortie décidée en 2016 ou bien à prolonger de manière quasi indéfinie les négociations de sortie, il n’y a qu’un pas. Les prochains mois seront sans doute riches en rebondissements, et nous pensons que les jours de Theresa May en tant que Premier Ministre pourraient être comptés. 

Les investisseurs disposent d’un peu plus de certitudes que les politiques. La valorisation des actions britanniques a décliné de 15% relativement aux marchés actions de la zone euro depuis juin 2016, offrant des opportunités dans des secteurs spécifiques comme les biens de consommation durables et cycliques ainsi que l’immobilier. La livre sterling se traite à des niveaux extrêmement bas comparé aux derniers 30 ans. Le positionnement défensif des investisseurs internationaux par rapport à la livre - observable par exemple sur les marchés d’options - suggère que malgré une forte volatilité potentielle à court terme, la monnaie britannique conserve un potentiel d’appréciation non-négligeable sur un horizon à 12 mois.  

* Stratège actions, Bank J. Safra Sarasin






 
 

AGEFI



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