«Sell in May and go away» est un mythe

lundi, 06.05.2019

Bourses. Il est difficile de considérer cet adage boursier comme une stratégie systématiquement gagnante, ou en tout cas pas depuis 1925.

Gilles Prince*

L’attitude accommodante des banques centrales, des taux d’intérêt bas, une croissance économique finalement meilleure qu’initialement crainte et des nouvelles encourageantes sur le front de la guerre commerciale ont propulsé les indices boursiers proches de leurs plus hauts historiques. Les portefeuilles discrétionnaires ont ou sont sur le point de recouper les pertes de 2018. Tout le monde se pose donc la question de savoir si ces performances sont durables, les arbres ne poussant pas jusqu’au ciel... 

L’adage boursier «Sell in May and go away» se fait donc entendre encore plus fort que d’habitude tant ces performances apparaissent anormalement élevées. Des prises de profit seraient alors justifiées, ne serait-ce que par simple bon sens. On remarquera amèrement que le même raisonnement prévalait déjà le mois passé, le mois précédent ou à fin janvier, mais sans succès. «Timing is everything» dit-on. 

  • Faut-il donc donner du crédit aux «prudentes ventes» du mois de mai? 

On peut en douter, statistiques à l’appui. Nous avons calculé les corrélations entre les performances du mois de mai et de juin du S&P500 depuis 1925. Le chiffre de -0,03 est sans appel. Il n’y a statistiquement aucune relation. La conclusion n’est guère plus encourageante en considérant les performances du premier contre le second trimestre, ou même du troisième contre le deuxième, puisque la corrélation est de -0,19 dans les deux cas. 

  • Une performance positive en mai ou au premier trimestre est-elle suivie d’une performance négative plus que de normal? 

Pour nous assurer que ces corrélations ne sont pas trompeuses, nous avons regardé si le signe des performances d’un mois à l’autre n’était pas un meilleur indicateur. Pour les rendements mensuels, il n’y a que 24% de cas où un mois de mai positif est suivi par un mois négatif, ce qui est faible. En comparaison, les mois de mai positifs sont suivis par un mois de juin positif dans 34% des cas - la stratégie de momentum semble donc meilleure. Avec des données trimestrielles, ces chiffres sont sensiblement les mêmes avec respectivement 23% et 37% et ils ne changent pas si on compare le troisième au deuxième trimestre. Difficile de conclure que «Sell in May» est une stratégie systématiquement gagnante, ou en tout cas pas depuis 1925. 

  • Peut-on faire le cas d’un renversement de tendance lorsque les performances ont été anormalement élevées, soit vendre en mai que lorsque les performances sont exceptionnelles? 

En filtrant les performances pour ne retenir que les rendements supérieurs à 10% au premier trimestre, on observe que les deuxièmes trimestres sont clairement inférieurs avec +1,1% contre +14,5% en moyenne au premier trimestre. C’est certes très inférieur, mais pas négatif. Le cas de la consolidation plutôt que de la correction semble plus approprié. De plus, les fortes performances ne sont suivies par des performances négatives que dans 38,5% des cas, ce qui ne qualifie pas un retournement de tendance. Mais c’est peut-être là où l’on observe le plus ce phénomène, puisqu’il ne se vérifie pas entre le troisième et le second trimestre.

Il ne s’agit bien sûr que de statistiques, le passé ne présageant en rien du futur. Les perspectives économiques, une inflation basse et les politiques des banques centrales continuent de porter les marchés. Mais d’un autre côté, la psychologie des investisseurs est résolument optimiste, peut-être trop, et les bonnes nouvelles semblent bien escomptées par les marchés financiers. 

Nous sommes donc attentifs aux événements susceptibles de faire changer le sentiment de marché, et qui valideraient du coup l’adage. Mais les causes seront économiques et non statistiques. Le mois de mai est riche en événements: on surveillera en particulier les résultats des négociations commerciales sino-américaines, la décision américaine sur les tarifs automobiles dès le 18 mai, l’évolution du prix du pétrole suite à l’expiration le 2 mai des exceptions aux sanctions iraniennes, ou la énième votation du Brexit le 23 mai.

Une chose est sûre, l’adage du «Sell in May and Go Away» ne saurait justifier à lui seul une quelconque prise de profit.

*Chief Invesment Officer, Edmond de Rothschild






 
 

AGEFI



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