BOB for Bored of Brexit

lundi, 21.01.2019

Michel Santi*

Michel Santi

Alors que le «Brexit-fatigue» s’empare irrésistiblement de nous, tentons de revenir aux sources de la terminologie qui lui est relative. Tandis que le «soft Brexit» voulait que la Grande Bretagne reste dans le marché unique, selon le «modèle norvégien». Le «hard Brexit», lui, théorisait la sortie sans aucun accord avec l’Union européenne du pays qui signerait par la suite un traité commercial, généralement appelé «modèle canadien».

Pour autant, ce n’est qu’à la faveur du fameux «Brexit means Brexit» prononcé en juillet 2016 par Theresa May que le pays, que ses citoyens, que ses politiques et que ses analystes commencèrent sérieusement à tenter de cerner ce que le Brexit impliquerait réellement!

Depuis, se mirent à fleurir plusieurs versions dont le «no deal Brexit» devenu très populaire et imaginant une Grande Bretagne claquant la porte de l’Union pour privilégier une série d’accords commerciaux avec l’OMC (Organisation mondiale du commerce). Du coup, le «soft Brexit» perdit rapidement du terrain en faveur du «no deal Brexit». En conséquence, le «no deal» devenait l’apanage des «hard Brexiteurs», alors que le «hard Brexit» initial était dès lors considéré comme «soft», et que le «soft Brexit» originel revenait…à pas de Brexit du tout. Bref, c’est la distinction même entre «hard» et «soft», et l’intense tapage politico-médiatique autour de ces deux versions du Brexit, qui conféra progressivement sa légitimité au «no deal Brexit» qui émergea à la faveur de la lassitude généralisée.

Il serait pourtant intéressant de s’interroger sur les intentions de celles et ceux ayant voté le 23 juin 2016 en faveur d’un Brexit qui était à l’époque tout sauf défini, car il y a fort à parier que l’écrasante majorité d’entre eux avaient imaginé un «soft Brexit», à la norvégienne. Le départ unilatéral, pur et simple, de la Grande Bretagne du marché unique n’était en effet très probablement pas la volonté de la plupart de ces 51,89% ayant fait basculer le pays.

Le «no deal» est donc à des années lumière des résultats du référendum de 2016 car même les plus farouches partisans du Brexit d’alors étaient partis du principe que non seulement «deal» il y aurait avec l’Union européenne, mais que celui-ci serait rapide, simple et favorable à leur pays! A «piece of cake», en somme. La cinquième économie au monde, partenaire commercial vital pour l’Allemagne et pour ses constructeurs automobiles, n’aurait qu’à se courber légèrement pour négocier un traité que l’Europe lui servirait sur un plateau d’argent, et en quelques semaines. C’est simple, l’écrasante majorité de ces 51,89% était persuadée qu’un accord serait signé avant même le déclenchement de l’Article 50!

Comme nul n’avait alors imaginé même dans ses cauchemars les plus débridés une sortie sans aucun accord de la Grande Bretagne de l’UE, le «no deal Brexit» n’a aucune légitimité populaire. En effet, consciemment ou pas, pour les électeurs du «Yes» en 2016, le Brexit était, par définition, «soft».

* www.gestionsuisse.com - www.artradingfinance.com






 
 

AGEFI



...