BNS: la baisse des taux directeurs est désormais probable

mercredi, 11.03.2020

Philippe G. Müller*

Philippe G. Müller

Afin de contrer les risques économiques liés à la propagation rapide du coronavirus, la Fed a abaissé ses taux directeurs de 50 points de base lors d’une réunion extraordinaire, surprenant nombre d’observateurs. Cette récente baisse préventive des taux directeurs de la part de la Fed, mais aussi de certaines banques centrales asiatiques, accroît la pression sur les banques centrales en Europe.

Face au net et imminent ralentissement de la croissance, les banques centrales européennes tentent en effet de soutenir l’économie par une politique monétaire encore plus expansionniste. Il est probable que la Banque centrale européenne (BCE) annonce ce jeudi une baisse de ses taux de 10 points de base (pdb), à -0,6%, ainsi que de nouveaux ajustements à son programme d’achats obligataires. Il faudra également de voir si la BCE annonce de nouvelles mesures de politique monétaire, encore plus expansionnistes.

La BNS sous pression

Cela devrait conduire la Banque nationale suisse (BNS) à resserrer la vis des taux d’intérêt lors de sa prochaine évaluation de la politique monétaire, le 19 mars. Avec une nouvelle baisse du taux directeur, de -0,75% actuellement à -1,0%, elle pourrait accroître quelque peu la différence d’intérêts avec la zone euro, afin de rendre le franc moins attrayant comme monnaie de placement.

En effet, la BNS n’avait pas abaissé ses taux d’intérêt en septembre dernier, lorsque la BCE avait réduit son taux directeur de -0,4% à -0,5%. Depuis lors, le franc a continué de s’apprécier en raison de l’aggravation des risques. Depuis la propagation mondiale du coronavirus ces deux à trois dernières semaines, la BNS semble encore plus sous pression pour stabiliser le taux de change EURCHF autour de 1,06, au moyen d’interventions sur les marchés des changes.

Le scénario de référence de la Recherche d’UBS estime que la BNS réduira son taux directeur de 25 points de base. Cette dernière devrait justifier cette décision par une nette révision à la baisse de ses prévisions de croissance et d’inflation pour l’économie suisse.

Dans ce contexte, la situation est tout sauf confortable pour la BNS. Dans la sphère politique, une résistance s’élève depuis longtemps contre les taux ultrabas, car cette mesure qui se prolonge a des conséquences négatives toujours plus fortes sur l’économie. Mais le deuxième levier d’intervention de la BNS – les achats ponctuels de devises pour affaiblir le cours du franc – est lui aussi de plus en plus critiqué, notamment par les Etats-Unis. En effet, le ministère du Trésor liste dans un rapport semestriel les pays qui, aux yeux du gouvernement américain, manipulent leur monnaie. Pour cela, ils examinent trois critères. La Suisse en remplit clairement deux, et bientôt probablement le troisième.

Premièrement, l’excédent de la balance des biens et des services de la Suisse est presque quatre fois plus élevé que le maximum toléré (2% du PIB), et ce depuis des années. Ensuite, le déficit commercial des Etats- Unis vis-à-vis de la Suisse dépasse désormais le plafond de 20 milliards de dollars.

Enfin, les Etats-Unis surveillent attentivement les pays pour déterminer si ceux-ci procèdent à des interventions monétaires unilatérales dépassant 2% de leur PIB sur douze mois. Sur ce plan, la Suisse a très peu de marge de manœuvre car la BNS doit intervenir régulièrement et vigoureusement sur les marchés des changes. Dès lors, la Suisse pourrait figurer sur la liste des manipulateurs de devises dès cet été. Du point de vue de la BNS, une baisse des taux directeurs pourrait également atténuer la nécessité d’affaiblir le franc suisse par des interventions de change à répétition.

* Economiste responsable pour la Suisse romande, UBS






 
 

AGEFI



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