Bilan incertain d’une crise imprévue

dimanche, 24.05.2020

Jacques Neirynck*

Jacques Neirynck

Le site Coronavirus Update (Live) fournit jour après jour des statistiques détaillées par pays. Il est tributaire de ce que fournissent les autorités nationales, dont on découvre maintenant qu’elles ont tendance à sous-estimer la réalité.

Ainsi au départ la France et la Grande-Bretagne se contentaient pieusement de n’annoncer que les morts dans les hôpitaux, pour finir par avouer que les EMS étaient devenus des mouroirs accélérés. Quant aux morts à domicile, souvent le virus n’est pas identifié. Donc la mortalité est largement supérieure à ce qui est publié. 

La mortalité des seniors

Il suffit de comparer les annonces de décès 2019 et 2020 par l’état civil pour en avoir une meilleure estimation. Ainsi en Suisse selon la RTS, la première semaine d’avril la mortalité des seniors a été de 1700 contre 1400 d’ordinaire, ce qui met en doute le chiffre total de 1 716 décès de virus depuis le début. Ne parlons même pas des Etats menteurs comme la Russie, la Chine ou l’Iran. 

Pour ce dernier pays, on estime à 15.000 morts réels au lieu des 6000 annoncés.

Il faut donc prendre avec réserve ce qui est publié sur le site mentionné. L’indicateur le plus révélateur est le taux de mortalité par million d’habitants: la Belgique est toujours championne apparente avec un taux de 773 alors que la France annonce 422. Les autorités belges se défendent en prétendant qu’elles annoncent tous les décès. Ce serait intéressant de savoir vraiment ce qu’il en est.

Néanmoins pour se cantonner aux pays sérieux, il existe tout de même des disparités significatives: pour l’Allemagne, c’est 96, la Suisse 217, l’Autriche 70. Cela signifie que deux pays voisins étaient mieux préparés. Les plus frappants sont les pays asiatiques et océaniens: Japon 6;

Singapour 3; Australie 4; Malaisie 3; Thaïlande 0.8; Nouvelle Zélande 4; Hong Kong 0.5; Taïwan 0.3; Cambodge 0; Vietnam 0; Laos 0. Soit une disparité de 1 à 100 entre eux et les pays développés européens. Même en admettant autant de mensonges qu’en Europe, ils se tirent mieux d’affaire tout simplement parce qu’ils sont coutumiers des épidémies et équipés en conséquence, matériellement et politiquement.

Les statistiques faussées, les annonces biaisées, les recommandations mensongères ne sont pas admissibles en période de crise aussi grave. Les gouvernements ne parviennent pas à agir avec pertinence au plus près de la réalité puisqu’ils se la dissimulent à eux-mêmes; les populations perdent confiance dans les autorités dont ils découvrent la duplicité. 

On ne peut pas à un mois de distance prétendre que les masques ne servent à rien, voire sont contreproductifs, parce que l’on a été imprévoyant, et puis les recommander ou les rendre obligatoires quand on en dispose. Le prix à payer de l’impréparation a été le confinement, mesure improvisée et mortelle pour l’économie, dont notre survie dépend aussi.

Dès maintenant il faut créer une instance composée uniquement de gens compétents dans le domaine et indépendants, dotée des moyens nécessaires, pour essayer enfin d’établir les faits et, à partir de ceux-ci, de recommander une organisation, prête pour faire face aux prochaines épidémies.

* Ancien conseiller national






 
 

AGEFI



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