Manifestations à Hong Kong: miroir d’une société en colère et découragée

mercredi, 25.09.2019

Bien que les jeunes soient à nouveau très présents dans les mouvements actuels, il semble qu’ils parviennent cette fois-ci à fédérer la population.

Daryl Liew*

Des images choquantes d’affrontements entre manifestants et policiers à Hong Kong ont été diffusées dans les médias ces derniers mois. Ces manifestations ont été déclenchées par un projet de loi controversé qui permettrait aux autorités de détenir et d’extrader des ressortissants de Hong Kong recherchés dans des territoires avec lesquels Hong Kong n’a conclu aucun accord d’extradition, comme la Chine. Ce projet de loi a été perçu comme une atteinte à l’autonomie du territoire et un renforcement du contrôle de la Chine sur Hong Kong.

La Révolution des parapluies

Des parallèles ont été établis avec la Révolution des parapluies de 2014, mouvement durant lequel les manifestants avaient occupé plusieurs carrefours majeurs de la ville, perturbant ainsi l’activité économique. 

Les manifestations de 2014 dénonçaient les propositions de réforme du système électoral de Hong Kong qui étaient considérées comme permettant à la Chine de présélectionner les candidats au poste de Chef de l’exécutif de Hong Kong. En grande partie mené par les étudiants, ce mouvement n’avait pas reçu le soutien de l’ensemble de la population. En fait, de nombreux récits ont fait état de conflits au sein des familles, les parents pragmatiques interdisant à leur progéniture idéaliste de participer à ce mouvement pro-démocratie. 

Bien que les jeunes soient à nouveau très présents dans les manifestations actuelles, il semble qu’ils parviennent cette fois-ci à fédérer la population. Si les personnes plus âgées préfèrent exprimer leur mécontentement en organisant des marches pacifiques, certains des plus jeunes optent en revanche pour une forme de protestation plus combative.

Ce projet de loi sur l’extradition est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase et déclenché cette vague de mécontentement refoulé. Les raisons sont multiples et tiennent à un mélange de facteurs sociaux, économiques et politiques. La rétrocession par les Britanniques en 1997 avait été accompagnée de la promesse selon laquelle Hong Kong jouirait de 50 ans de semi-autonomie, mais l’évolution de la situation ces dernières années laisse entrevoir une érosion progressive des libertés individuelles, la Chine intensifiant progressivement son influence sur ce territoire.

De plus, Hong Kong perd un peu de son prestige en tant que centre d’affaires avec l’émergence de centres financiers et de ports concurrents à Shanghai et Shenzhen. Le plus dur, c’est que Hong Kong fait face à un afflux de Chinois continentaux qui concurrencent la population locale sur le marché de l’emploi et font baisser les salaires. 

Malgré ces incertitudes économiques, Hong Kong, qui souffre d’une grave pénurie de logements sociaux abordables, possède toujours l’un des marchés de l’immobilier les plus chers au monde. Face à toutes ces difficultés, il n’est pas étonnant que les Hongkongais, et notamment les jeunes, se sentent découragés quant à leur avenir.

Exigences des manifestants et position de la Chine

Officiellement, les manifestants ont cinq revendications, dont le retrait complet du projet de loi sur l’extradition et la démission de la Cheffe de l’exécutif, Carrie Lam. Pékin a cependant opté pour la fermeté en soutenant le gouvernement de Carrie Lam et la police de Hong Kong afin qu’ils maintiennent l’ordre public. La Chine n’exclut pas non plus d’envoyer des troupes, lesquelles sont actuellement mobilisées de l’autre côté de la frontière à Shenzhen, si le besoin s’en faisait sentir. Cette mesure ne serait probablement prise qu’en dernier recours, car elle aurait des répercussions internationales et raviverait les souvenirs de la répression de Tiananmen en 1989.

Conséquences économiques

Les répercussions économiques immédiates des manifestations ont été pour la plupart locales, les secteurs liés au tourisme à Hong Kong ayant été les plus touchés. Les effets à moyen et à long terme pourraient toutefois être plus graves pour la région. Certaines rumeurs font en effet état de sociétés étrangères et de particuliers fortunés qui songent à déménager et à transférer leurs fonds dans d’autres pays. 

Pékin pourrait également réexaminer la position de Hong Kong dans son plan stratégique global, y compris le rôle du territoire dans l’internationalisation du RMB. L’impact sur l’économie mondiale sera probablement minime, à moins que la violence ne s’intensifie et que Pékin décide d’envoyer l’armée. Espérons que la réputation de pragmatisme de Hong Kong l’emportera et que cette crise trouvera une issue pacifique.

*Head of Portfolio Management, REYL Singapore






 
 

AGEFI




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