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mardi, 14.01.2020

Xavier Comtesse*

Xavier Comtesse

C’est ainsi que les Singapouriens se saluent le matin. Cette expression ferait référence à un lointain souvenir de famine qu’aurait connu la cité-Etat aujourd’hui tellement prospère. Le système de gouvernance, la banque et le commerce sont les éléments de base du succès de Singapour. Mais la ville s’interroge. L’avenir semble être plus sombre. Comment renouveler le miracle?

Singapour est l’un des dix pays de l’ASEAN (Association of SouthEast Asian Nations) qui comptent en tout 600 millions d’habitants. Aujourd’hui tout va bien pour la cité-Etat. Mais les autres pays de la région sont en train d’ouvrir un front de compétition important. Le Vietnam en tête mais aussi l’Indonésie surpeuplée avec ses 260 millions d’habitants dont beaucoup de jeunes gens, semblent avoir le vent en poupe. Singapour, une place financière jusqu’alors enviable, quatrième  mondiale entre Tokyo et Shanghai, mais vieillissante semble être incapable de réagir. Et le boom touristique chinois actuel porté par les crises notamment de Hong Kong n’est pas une véritable alternative à long terme car il n’y a en principe rien à visiter dans cette ile du bout de la Malaisie (à part peut-être les deux casinos… les Chinois sont de grands joueurs).

Bref, Singapour est intéressante à bien des égards et particulièrement pour sa réflexion sur un avenir post-bancaire (à lire: Can Singapore survive de Kishore Mahbubani, Editions Straits Times). La Suisse devrait aussi y réfléchir.

Que veut donc bien dire cette expression post-bancaire?

Représenté le plus souvent par l’émergence des néo-banques, on peut ainsi décrire un monde de la finance devenant complètement éclaté dont le principal véhicule ne serait plus le guichet mais l’iPhone. On parle alors de «bank-as-a-service». A chaque action correspondrait une application: changer de la monnaie étrangère: «clic» sur Revolut  (UK). Faire un paiement en ligne: «clic» pour PayPal (USA). Accéder à un prêt: «clic» vers Lydia (France), etc. A Singapour c’est Aspire, la fintech qui monte (elle offre des prêts aux commerçants pour leur développement).

Vers un éclatement

La force de la fintech, c’est d’être tout le temps ouvert (pas de fermeture des guichets), elle va jusqu’à déconstruire le système financier pour offrir une réactivité maximale dans l’immédiateté.

Cette déconstruction va passer par l’éclatement du monde financier et donc des villes-finance en des dizaines, voire des centaines de lieux différents. Demain les New York, Londres et autres Singapour ne seront plus que l’ombre d’un lointain passé, à l’image d’Athènes, Venise ou Florence... Mille villes différentes émergeront.

Reste la question des gros clients. Désigné par le terme barbare de UHNW (ultra high net worth) ces derniers pratiquent les investissements entre pairs. En effet, si vous prenez par exemple le cas des venture capitalistes. C’est typique: les investisseurs se connaissent et travaillent ensemble. Ils montent des opérations conjointes. Le banquier suit ou pas. Dans ce monde nouveau, il faut créer sa «bande» et suivre.

Cela donne une idée de comment les choses évoluent.

En résumé, l’avenir de la planète finance annonce des changements radicaux autant en termes de l’offre (bank-as-a-service via des «appli mobile») que de la demande (nouveaux comportements des acteurs financiers). Et donc, il y a bien des chances que plus rien ne sera comme avant d’ici la fin de cette décennie.

* Manufacturethinking






 
 

AGEFI




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