Avenir radieux pour les émergents

lundi, 25.03.2019

Patrick Zweifel*

Patrick Zweifel, chef économiste, Pictet Asset Management.

Le ralentissement économique actuel n’a pas que des mauvais côtés. Et ce ne sont pas les émergents qui nous contrediront. L’expérience nous a montré que quand ces économies ralentissaient moins vite que les pays développés, comme actuellement, leurs actions et devises avaient tendance à surperformer. Les gains de change réalisés devraient soutenir les actifs émergents, et notamment la dette, dans les trimestres à venir. Depuis son pic en 2017, le principal indicateur de croissance se situe sur une trajectoire nettement descendante. Si les perspectives de croissance des émergents ne sont pas épargnées par ce ralentissement, il n’en reste pas moins qu’il concerne surtout les économies développées.

Les hausses successives des taux par la Fed, les joutes commerciales de Trump, l’évolution de la demande automobile et les relations politiques tendues avec l’Italie et le Royaume-Uni expliquent le fléchissement des économies développées. Après avoir accumulé du retard durant la crise, ces pays ont affiché une croissance supérieure à la normale vouée à ralentir. En revanche, dans les émergents, ce recul touche essentiellement la Turquie et l’Argentine, qui ont souffert de leur politique économique. L’écart entre émergents et développés s’est donc fortement creusé depuis début 2018 et s’établit à un niveau record depuis 2013.

Notre analyse révèle que les périodes de ralentissement caractérisées par une surperformance des émergents s’accompagnent généralement d’une forte appréciation des devises face au dollar (1,7% par an en moyenne). C’est d’autant plus vrai pour les principales devises émergentes, qui s’apprécient en moyenne de 4,7% par an, les devises d’Amérique latine et d’Europe de l’Est étant les plus performantes. A l’inverse, les devises émergentes tendent à sous-performer dans d’autres conditions, notamment en cas de rebond généralisé de la croissance. Elles sont actuellement proches de leur plus faible niveau par rapport au dollar de ces vingt dernières années. Autant de facteurs favorables aux devises émergentes et aux obligations souveraines émergentes en devises locales, qui dépendent largement des mouvements de change.

Les différents profils de croissance actuels sont propices aux actions émergentes. On a observé qu’elles surperformaient en moyenne de 1,7 point de % par an l’indice mondial et que les titres de valeur se comportaient mieux que les titres de croissance. Les actions émergentes s’envolent réellement quand les pays émergents et développés commencent à renouer avec une dynamique positive. Elles surpassent alors l’indice mondial de près de 30 points de % sur une base annualisée, principalement dans les secteurs de croissance.

Le sort des émergents devrait bénéficier des mesures de relance ambitieuses de la Chine. Sa banque centrale a divisé par cinq le taux des réserves obligatoires des banques en 2018 afin de relancer le crédit et d’autres réductions sont attendues dans les prochains mois. Le gouvernement a considérablement augmenté ses dépenses d’infrastructure après les avoir abaissées en 2018. Les actions chinoises grimpent donc en flèche depuis début 2019, ce qui se répercute sur les marchés mondiaux des matières premières. En baisse en 2018, elles ont gagné plus de 12% cette année. Les politiques macro prudentes et la détermination des banques centrales des émergents laissent penser qu’ils seront moins volatiles que par le passé.

Les tensions commerciales semblent s’apaiser quelque peu. A mesure qu’ils s’enrichissent, les émergents voient leur demande intérieure augmenter et dépendent moins des exportations. Et certains pays de plus en plus développés misent davantage sur une industrie à plus forte valeur ajoutée et rapatrient leur production auparavant réparties dans plusieurs pays. Tandis que la hausse continue du dollar pourrait toucher à sa fin. Alors que Trump semble céder du terrain sur les droits de douane et que la Fed a suspendu ses relèvements, les pressions sur le dollar devraient s’atténuer. La tendance pourrait s’inverser brutalement si la Fed décidait d’interrompre prématurément la réduction de son bilan. Après une année 2018 difficile, les émergents se redressent, leurs actions et leurs obligations enregistrant de bonnes performances en 2019. Il semblerait qu’ils aient de beaux jours devant eux. 

* Chef économiste, Pictet Asset Management






 
 

AGEFI



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