Les banques ont tout intérêt à adopter la blokchain et ses opportunités

dimanche, 05.01.2020

Avec son absence de barrière à l’entrée, la technologie est de nature à rendre en théorie caduques les services financiers fondés sur un tiers de confiance.

Rani Jabban*

Rani Jabban.

Un des grands avantages de la blockchain réside dans le fait qu’il n’existe aucune barrière à l’entrée: n’importe qui peut créer un service qui fonctionne sur la blockchain. Elle est potentiellement de nature à rendre en théorie caduques les services financiers, banques notamment, fondés sur un tiers de confiance.
Une confiance mise à mal par les crises financières de 2008 puis de 2013 à Chypre, sur fond de laquelle est née l’idéologie libertarienne au fondement du Bitcoin. En réalité, elle offre une opportunité aux banques, qui voient leur marge continuer de s’effriter, d’optimiser leurs opérations et de rationaliser leurs coûts tout en proposant de nouveaux services et produits financiers, des crypto-actifs aux tokens.

La blockchain, révolution dans l’intermédiation

Technologie de stockage et de transmission d’informations, transparente, sécurisée, et fonctionnant sans organe central de contrôle, la blockchain permet à ses utilisateurs d’enregistrer des données sans pouvoir les modifier ni les supprimer. La blockchain du Bitcoin, la plus utilisée, n’a jamais été «hackée» depuis sa création – contrairement aux sites hébergeant les bitcoins. La sécurité garantie par l’Etat a été remplacée par une sécurité technique, agnostique et fiable.
Grâce aux blockchains privées ou semi-privées – appelées Distributed Ledger Technologies (DLTs) –, ou blockchains de consortium partagées entre différents acteurs ayant un intérêt à collaborer ensemble, les banques peuvent se positionner au cœur de la chaîne de valeur des tokens, qui représentent tout ou partie d’un actif financier – actions, instruments de dette, part de fonds d’investissement ou d’immobilier – accessibles sur la blockchain. Un environnement de confiance favorable au mouvement en marche, qui touchera à terme toute la chaîne de valeur des actifs financiers, depuis l’émission (Inigial Coin Offering, ICO, ou Security Token Offering, STO) jusqu’à la conservation des titres en passant par la négociation, le clearing ainsi que le règlement-livraison.  
Nouvelle façon d’organiser la chaîne de valeur de la sécurité de l’émission à la garde des titres, la blockchain permettra de se passer des chambres de compensation et de clearing, qui sont complexes, centralisées, et peuvent prendre deux jours et demi pour assurer un clearing complet. Avec, à la clé, des avantages en termes de sécurisation des ordres et de gestion du hacking, de paiements à distance, de baisse des coûts de d’émission et d’échange de titres, de vitesse de validation des transactions.
Concrètement, les gains d’efficacité tirés de l’adoption de la blockchain se chiffreront en milliards de dollars, alors que les risques seront considérablement réduits (1). Les frais de reporting financier ainsi que de contrôle interne pourraient être réduits de 70% et ceux de mise en conformité de 30% à 50% grâce à l’amélioration de la qualité des données, de l’auditabilité des transactions financières, de la transparence.  

Entrer dans l’ère de la tokenisation  

Une nouvelle ère s’ouvre pour les actifs financiers traditionnels, leur digitalisation, qui va bien au-delà de la version «électronique» qui a suivi celle des certificats papiers transférés physiquement à chaque échange d’actifs dans les années 1990. Corollaire de cette digitalisation, la tokenisation implique un élargissement de la base des actifs financiers accessibles ainsi que celle d’investisseurs potentiels. Le processus de tokenisation, caractérisé par sa simplicité et sa flexibilité, permet de fragmenter des actifs importants, non liquides par nature, en une multitude d’actifs plus petits et plus liquides, réduisant les barrières à l’entrée et les primes d’illiquidité pour les investissements tout en ouvrant l’accès aux marchés de tokens à tous, notamment aux PME et acteurs jusque-là tenus à l’écart des financement traditionnels.
La tokenisation permet ainsi aux entreprises, même les plus petites, de lever de fonds à travers l’émission de tokens (STO) avec un nombre réduit d’intermédiaires et une cible plus large d’investisseurs. Les banques ont un rôle à jouer dans la création de plate-forme d’émissions et d’échanges de tokens, en se positionnant dès maintenant dans ce qui promet de nouvelles perspectives au capital-risque et au private equity.
La désintermédiation dont la tokenisation est un des aspects les plus prometteurs, devra dépasser les freins actuels. Des freins internes d’une part, qui tiennent à la gouvernance de la blockchain, à sa technologie et à son impact écologique, externes d’autre part, liés à la réglementation et à la mise en place de standards communs de blockchains interbancaires. Dans un contexte de plus en plus concurrentiel où de nouveaux modèles bancaires apparaissent, les néobanques par exemple, où les bourses consolident leurs marchés pour atteindre des tailles critiques, les perspectives qu’offre la blockchain sont une bonne nouvelle.

(1) «Banking on Blockchain», McLagan avec Accenture High Performance Investment Bank, 2017.

* Managing Director, Arab Bank (Switzerland)






 
 

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