Les nouvelles obligations émises par Abu Dhabi offrent de belles opportunités

lundi, 31.08.2020

Avec sa nouvelle obligation de maturité 50 ans il est le premier pays du Golfe à rejoindre le club des emprunteurs qui choisissent d’émettre sur la partie ultra-longue de la courbe.

Catherine Reichlin*

Catherine Reichlin

Abu Dhabi détient un nouveau record. Avec sa nouvelle obligation de maturité 50 ans il est le premier pays du Golfe à rejoindre le club des emprunteurs qui choisissent d’émettre sur la partie ultra-longue de la courbe. Le souverain le mieux noté de la région, AA, était déjà parvenu à aisément emprunter 10 milliards de dollards au mois d’avril, et a tout aussi facilement emprunté, fin août, 5 milliards de dollars répartis sur trois maturités: 3 ans, 10 ans long et 50 ans.

Outre ce record de maturité, Abu Dhabi démontre une nouvelle fois son attractivité avec des carnets d’ordres qui se sont rapidement remplis et ont atteints près de 25 milliards de dollars. Les conditions d’émissions ont été resserrées en conséquence, en moyenne 10pb sur chacune des maturités. Un resserrement qui permet à l’émirat d’économiser 5 millions de dollars de charge d’intérêt par année. La santé financière d’Abu Dhabi est toujours solide, la hausse de la dette ne met pas sa notation en danger, une notation de AA confirmée par Moody’s en juillet. Cette excellente note se fonde sur le très solide bilan étatique, un revenu par habitant élevé, des réserves de pétroles importantes, des infrastructures très développées ainsi qu’un cadre institutionnel solide. La forte dépendance aux revenus pétroliers ainsi que le manque de transparence sur la politique fiscale et les actifs étatiques font partie des éléments qui expliquent pourquoi l’émirat ne bénéficie pas de la meilleure note possible (AAA).

Reste qu’Abu Dhabi est dans une position économique et financière que beaucoup peuvent envier. Alors pourquoi emprunter? Avec la reprise économique qui pourrait tarder et des prix du pétrole toujours en convalescence, l’émirat rejoint de nombreux Etats et entreprises qui prônent la prudence et veillent à augmenter leur coussin de «cash». Une prudence rendue accessible par les conditions avantageuses de financement et la forte demande des investisseurs en recherche de qualité et de diversification, offrant malgré tout un peu de prime. La nouvelle obligation de maturité 10 ans, par exemple, rémunère les investisseurs avec 100pb (1%) de plus que l’emprunt du Trésor américain de même maturité.

Un émetteur solide et de qualité

Et pour ceux enclins à prendre davantage de risque de duration, la comparaison avec la maturité plus longue n’est pas possible dans la mesure où le Trésor américain n’émet pas au-delà de 30 ans. Un 30 ans américain qui offre un rendement de 1,40%, l’emprunt Abu Dhabi à 50 ans offrant pour sa part 2,70%. L’émirat renforce ainsi son coussin de réserves et sa très bonne position financière mais il offre aussi une belle occasion aux investisseurs d’obtenir une rémunération plus attractive avec un émetteur solide et de qualité. Alors que les dernières adjudications du Trésor américain à 20 ans et 30 ans se sont révélées plutôt décevantes et laissaient craindre une saturation, voire une indigestion, pour les maturités longues, Abu Dhabi a démontré qu’il n’en était rien. La demande pour la dette de qualité reste d’actualité, à fortiori si elle permet une diversification.

* Responsable recherche financière, Mirabaud & Cie






 
 

AGEFI



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