La Morning note de Mirabaud Securities

lundi, 09.01.2017

Aujourd'hui, la Morning note de Mirabaud Securities surveillera avec attention l’évolution du prix des maisons en Grande-Bretagne ainsi que le taux de chômage en zone euro.

John F. Plassard*

Inconcevable, incroyable, étrange, inimaginable, invraisemblable, surprenant, bizarre, étonnant, inexprimable, ridicule, absurde voire grotesque, le Dow Jones n’a pas atteint les 20'000 pour … 0.37 point !

Si les 3 indices principaux ont touché de nouveaux records historiques, c’est bien ce nouveau rendez-vous (le 16ème de suite et 8 tentatives dans la même séance !) manqué avec ce fameux seuil psychologique qui marquera les esprits.

Sur l'ensemble de la semaine, le Dow Jones a pris 1%, le S&P 500 1,7% et le Nasdaq 2,6%, les trois indices repartant à la hausse après leur recul hebdomadaire accusé au cours de la dernière semaine de 2016. Depuis l'annonce de la victoire de Donald Trump aux élections du 8 novembre, le Dow Jones est en hausse de 9%. Le Nasdaq quant à lui a connu sa meilleure semaine depuis 1 mois ou la deuxième meilleure depuis l’élection de Donald Trump.

Les investisseurs les plus bearish (négatifs) y voient une nouvelle fois un signe du destin et un parallèle avec le Nikkei qui dans la fin des années 80 avait frôlé les 40'000 points avant de s’effondrer progressivement pour atteindre les 8'000 points. La comparaison est cependant déplacée et nous ne rentrerons en tout cas pas dans ce débat stérile.

En terme de valorisation des marchés, cela se tend encore un peu. En effet, le S&P se traite maintenant à environ 17 fois les bénéfices estimés de ces composants, un niveau nettement plus élevé que la moyenne de 14 fois observée sur ces 10 dernières années.

La bonne tendance a été portée par la forte progression du salaire horaire aux Etats-Unis qui va dans le sens de 3 hausses de taux d’intérêt américain en 2017. La progression d’Apple a aussi été d’un grand soutien. La marque à la pomme a en effet gagné plus de 1,1% après que les autorités de la concurrence canadiennes (mettant ainsi fin à deux années d'enquête) ont dit ne pas avoir réuni suffisamment de preuves pour dire que le géant électronique s'était livré à des pratiques anti-concurrentielles. Tous les secteurs du S&P500 ont fini dans le vert.

Les chiffres de l’emploi ont aussi redonné un peu d'élan à un dollar qui a connu un début d'année difficile après avoir flambé pendant toute la fin 2016 dans le sillage de l'élection à la présidence américaine du républicain Donald Trump.

Le rendement des bons du Trésor à 10 ans a progressé à 2,420% contre 2,351% la veille, et celui des bons à 30 ans à 3,005% contre 2,945% précédemment.

La volatilité a poursuivi son effondrement et est passée en-dessous des 11 en cours de séance.

Les volumes ont été en-dessous de la moyenne journalière de ces 30 dernières séances.

Statistiques économiques

Il y avait hier des statistiques économiques intéressantes, voici ce que nous avons relevé :

Emploi américain

Nous en avons parlé vendredi (n’hésitez pas à nous demander notre rapport) mais il nous paraissait intéressant de visualiser les différents secteurs qui ont évolué en décembre 2016.

Pour mémoire, le secteur de la santé a créé le plus grand nombre d'emplois aux Etats-Unis au mois de décembre, avec 43’000 postes, tandis que les services alimentaires et les débits de boissons en ont créés 30’000. Les services d'assistance sociale ont pour leur part embauché 20’000 personnes. Le secteur manufacturier a créé 17’000 emplois, et les activités financières, seulement 13’000.

Baisse des commandes industrielles

Les commandes industrielles ont baissé en novembre aux Etats-Unis repartant en baisse après quatre mois consécutifs de hausse. Les commandes industrielles ont reculé de 2,4 à 458,3 milliards de dollars. Le consensus s'attendait à une baisse légèrement inférieure de 2,1%. Sans le secteur volatil des transports, les commandes de novembre ont progressé de 0,1% en novembre à 381,618 milliards. Sans le secteur de la défense, elles ont baissé de 3,4% à 441,832 milliards.

La baisse est notamment imputable au secteur des équipements de transport (-13,2%) et des pièces détachées pour avion (-73,8%) qui ont été compensés en partie par une hausse pour les avions de combat (+103%). Les commandes de biens durable ont chuté de 4,5% à 228,75 milliards de dollars.

Sur les onze premiers mois de 2016, les commandes industrielles restent dans le rouge, en repli de 1,8% par rapport à la même période en 2015. Si on exclut les transports, elles ont perdu 2,2% et sans celui de la défense, elles sont en retrait de 2,1%.

Les stocks des entreprises ont augmenté de 0,2% en novembre à 623,1 milliards de dollars.

Le déficit se creuse … encore

Le déficit commercial américain s'est creusé en novembre, pour un deuxième mois consécutif, les importations atteignant leur plus haut niveau depuis plus d'un an en raison de la hausse des prix du pétrole.

En détail, le déficit commercial avait augmenté de 6,8% à 45,2 milliards de dollars.

Le consensus s'attendait à un déficit à 42,5 milliards de dollars. Ajusté de l'inflation, le déficit a atteint 63,6 milliards de dollars contre 60,3 milliards en octobre.

Les échanges commerciaux ont eu une contribution positive de 0,85 point au taux de croissance de 3,5% enregistré par l'économie américaine au troisième trimestre, en rythme annualisé.

Les importations de biens et services ont progressé de 1,1% pour s'établir 231,1 milliards de dollars en novembre, leur plus haut niveau depuis août 2015. La hausse des prix du pétrole contribue au montant élevé de la facture. Les prix des importations des produits pétroliers ajustés de l'inflation atteignent leur plus haut niveau depuis novembre 2012.

Les importations en provenance de Chine ont elles baissé de 2,7% en novembre. Les exportations ont baissé de 0,2% à 185,8 milliards de dollars en novembre, freinées par les livraisons de biens d'équipement les plus faibles depuis septembre 2011. Un dollar fort continue à les pénaliser.

Les exportations d'équipements et de matériaux industriels, à leur plus haut niveau depuis juillet 2015, ont progressé, tout comme les exportations de pétrole qui ont également atteint leur plus haut niveau depuis juillet 2015.

Cette statistique donne à penser que les échanges commerciaux devraient avoir un impact négatif sur la croissance américaine au quatrième trimestre. Le consensus estime qu'il devrait amputer de plus d'un point de pourcentage la croissance du PIB au quatrième trimestre.

L’heure du bilan a sonné

Comme vous le savez, notre but n’a jamais été d’afficher une quelconque préférence politique en essayant d’être objectif dans nos analyses politiques, géopolitiques, macroéconomiques et économiques.

À l’heure de la passation de pouvoir entre Barack Obama et Donald Trump il nous a donc semblé intéressant de faire un bref bilan économique des années Obama (avec une Chambre des représentants républicaine et un Sénat contrôlé tantôt par un parti tantôt par un autre) tout en restant objectif.

L’emploi

Concernant l’emploi aux Etats-Unis c’est un bilan en demi-teinte pour le président sortant.

Côté positif, à l'arrivée au pouvoir du président démocrate en janvier 2009, les Etats-Unis comptaient plus de 12 millions de demandeurs d'emploi et le taux de chômage s'établissait à 7,9%, grimpant même à 10% quelques mois plus tard sous l'effet de la crise financière. En décembre 2016, le taux de chômage s’est établi à 4.7%, il a donc baissé de 3.2% sous la présidence du démocrate.

La Maison Blanche s’en est d’ailleurs félicité en affirmant que les Etats-Unis traversaient le plus long cycle de créations d'emplois de leur histoire et que l'économie américaine était plus forte, plus résistante et mieux préparée pour le XXIe siècle que jamais auparavant.

Côté négatif, la croissance de l’emploi. En 2016 cette croissance aura été de 2.16 millions soit le chiffre le plus bas depuis 5 ans bien moins que la croissance constatée de 2015 qui était de 2.7 millions.

Autre élément négatif, les personnes qui n’apparaissent plus dans les chiffres de l’emploi. Lorsque Barack Obama prend le pouvoir, il y a 79'800 américains qui sont sorti des statistiques de l’emploi. En décembre 2016 ce chiffre a atteint 95’102 millions. Un triste record.

Concernant le taux de participation, il est passé de 66% en 2008 à 62.7% en décembre 2016.

La vigueur économique

Si l’on prend les derniers cycles d’expansions économiques, les deux mandats de Barack Obama auront été synonyme du pire redressement économique de l’histoire américaine.

La croissance

Les deux mandats de Barack Obama sont marqués par une croissance modérée, avec une croissance proche de 2% par an (si on excepte les -2.8% en 2009). Durant ses mandats, le PIB américain a crû d’environ 24%, un rythme beaucoup moins soutenu que durant les mandats de Georges W. Bush (+38.5%) et Bill Clinton (+49.5%).

La dette

Plus de 19 trillions de dollars soit un chiffre supérieur au PIB américain. C’est le montant hallucinant de la dette des Etats-Unis en 2016. Depuis l’année fiscale 2016 (entre le 1er octobre 2009 et les 30 septembre 2010, première année pleine de Barack Obama), environ 7'600 milliards de dollars sont venu s’ajouter au total. En chiffres bruts, la dette n’a jamais autant augmenté que durant les deux mandats du président Obama. En pourcentage, cela donne une hausse de 64% entre 2009 et 2016 contre +31% durant les années Clinton (1993-2001) et +105% durant l’ère Bush (2001-2009).

La balance commerciale

La dernière fois que les Etats-Unis ont connu un excédent commercial, c’était sous la présidence de Gerald Ford en 1975. Cette balance commerciale est devenue déficitaire depuis le début des années 1990 jusqu’à atteindre un pic en 2006 avec un déficit d’environ 770 milliards de dollars. Durant les années Obama, ce chiffre s’est stabilisé aux alentours des 500 milliards de dollars. Si on dissocie les services et les biens en 2015, on remarque que les premiers apportent en réalité un surplus d’environ 220 milliards de dollars. Ce sont les seconds qui creusent le déficit de la balance (-759 milliards de dollars).

La BCE behind the curve ?

On a vu la semaine passée coup sur coup des tensions inflationnistes (sur les prix à la consommation en décembre par exemple) apparaitre en Allemagne et en zone euro. La question est donc : À près de 10 jours de la réunion de la banque centrale européenne (BCE) ces statistiques sont-elles à même de faire changer de discours le président Mario Draghi qui ne veut toujours pas entendre parler de normalisation ?

La réponse serait à ce stade toujours négative. En tout cas si on en croit les déclarations d’Yves Mersh, membre du directoire de la BCE.

Ce dernier a en effet affirmé qu’il était trop tôt pour que l’institution de Frankfurt déclare victoire dans son offensive pour faire remonter l'inflation dans la zone euro. Il a notamment affirmé qu’il ne fallait pas réagir à des chiffres … isolés !

Il a même insisté en signalant qu’à moins que quelque chose invalide terriblement leur projection, leurs décisions opérationnelles existaient et n’étaient pas sujettes à révision. Au risque d’être behind the curve ?

Selon Yves Mersh, il ne faudra pas observer la hausse des prix de l’énergie mais des statistiques économiques comme l’évolution des salaires par exemple (qui ont par ailleurs stagnés en Allemagne en 2016 malgré la mise en place du salaire minimum).

Rappelons que le mois dernier, la BCE avait décidé de prolonger son programme d'assouplissement quantitatif jusqu'à la fin de l'année 2017, mais a ramené le montant de ses achats d'actifs mensuels à 60 milliards d'euros, au lieu de 80 milliards d'euros, à compter du mois d'avril. Mario Draghi s’était toutefois interdit d’appeler ce mouvement « Tapering »….

La tendance se poursuit en Chine

Nous vous parlons souvent du sujet, mais la tendance négative se poursuit, indéniablement : La fonte des réserves de changes en Chine.

On a en effet appris que les réserves de devises étrangères de la Chine avaient chuté de près de 320 milliards de dollars en 2016 pour atteindre 3'011 milliards fin décembre.

Au seul mois de décembre, ces réserves se sont évaporées de 41 milliards de dollars ce qui représente leur 6ème mois consécutif de baisse pour revenir à ses niveaux d’il y a 5 ans.

La raison est bien évidemment à mettre sur le compte d’une envolée du dollar et d’un contexte de hausse de taux d’intérêt aux Etats-Unis qui forcent la banque centrale chinoise à intervenir pour stabiliser le Yuan. Rappelons que la devise chinoise évolue actuellement à son plus bas niveau depuis 8 ans face au dollar.

Les dernières mesures misent en place par la banque centrale ne devraient malheureusement pas inverser la tendance….

Les flux de la semaine

Selon l’excellente étude publiée par la Bank of America Merrill Lynch Global Research les fonds d'investissement collectifs investis en obligations ont enregistré leurs plus fortes entrées nettes en trois mois sur la semaine au 4 janvier. En détail, les fonds obligataires ont bénéficié de 6,3 milliards de dollars de souscriptions nettes sur la période après des entrées de 3,4 milliards la semaine précédente, elle aussi marquée par la faiblesse des transactions du fait des fêtes de fin d'année.