Dette des marchés émergents: une question d’optimisation

vendredi, 14.12.2018

Aucun investisseur avisé ne peut plus faire l’impasse sur cette dette. Toute la question est de trouver le bon «mix» entre les trois catégories d’emprunts.

Luc D’hooge*

Un préjugé très répandu veut que la dette des marchés émergents représente une classe d’actifs à part entière. Cette vision paraît totalement erronée lorsque l’on sait que les marchés émergents génèrent aujourd’hui plus de la moitié du produit intérieur brut (PIB) mondial en termes de parité du pouvoir d’achat. Ce sont donc les plus gros contributeurs à la croissance économique mondiale. 

Compte tenu de cette importance, ils ne peuvent plus être ignorés et la question qui se pose dorénavant à l’investisseur n’est plus celle de savoir s’il doit ou non détenir de la dette émergente. Toute sa problématique consiste à déterminer comment optimiser la répartition de ses avoirs entre les trois catégories de dette émergente que représentent les emprunts d’Etat en monnaie forte, les emprunts d’Etat en monnaie locale et la dette d’entreprises. La combinaison de ces trois types d’obligations offre une certaine diversification et permet de tirer parti des inefficiences des marchés de la dette émergente. 

Les emprunts d’Etat en monnaies fortes sont probablement la catégorie la plus fréquemment utilisée et, historiquement, ils ont dégagé des rendements ajustés au risque élevés. De plus, les rares années durant lesquelles ces rendements ont été négatifs ont toujours été suivies d’années où ils sont revenus en territoire positif.

Potentiel de plus-value substantielle

Pour ce type d’emprunts, les cas de défaut de paiement sont peu fréquents et lorsqu’ils se produisent, les taux de recouvrement sont en général élevés. Par ailleurs, même en cas de faillite, les obligations concernées peuvent receler un potentiel de plus-value substantielle. En effet, les investisseurs réagissant souvent de manière excessive aux premières annonces négatives, les cours chutent avant de se reprendre très fortement une fois le calme revenu.

Comparée la dette émergente d’entreprises, la dette d’Etat en devises fortes est habituellement assortie d’échéances plus longues qui la rendent plus volatile. En termes de notation, sa qualité moyenne est inférieure car les indices qui reflètent la dette souveraine englobent davantage de pays que ceux consacrés à la dette émergente d’entreprises. Cependant, l’avantage des indices d’emprunts d’Etat réside dans le fait qu’ils permettent de s’exposer à des pays difficilement accessibles au travers de la dette d’entreprises.

Pour ce qui concerne les emprunts d’Etat en monnaie locale, ils représentent la catégorie de dette émergente la plus risquée: en effet, pour éviter la faillite, les gouvernements peuvent recourir à la création de monnaie, ce qui se répercute négativement sur la valeur de leurs devises. En revanche, la dette en monnaie locale est celle qui est susceptible d’offrir les performances les plus élevées. Par ailleurs, elle présente l’avantage supplémentaire d’une faible corrélation aux autres segments des marchés obligataires, ce qui lui confère un bon potentiel de diversification.

L’univers de la dette en monnaie locale n’est représenté que par quelques d’indices qui ne reflètent pas sa  véritable diversité: ils n’englobent qu’un nombre relativement restreint de pays et sont biaisés en faveur des producteurs de matières premières. Par conséquent, dans cet univers, l’approche active qui va au-delà des indices de référence, offre aux investisseurs une plus grande palette de choix.

Moins de risque

Aussi étonnant que cela puisse paraître, le segment de la dette émergente d’entreprises est, selon nous, le moins risqué et la plus diversifié des trois catégories d’emprunts émergents. Avec un volume proche de deux milliards de dollars (pour la dette en devises fortes), il est deux fois plus important que le segment de la dette émergente souveraine libellée en dollars. 

La dette émergente d’entreprises offre des écarts de rendement supérieurs à ceux de leurs homologues des marchés développés, bien que le taux d’endettement des entités concernées soit bien inférieur et les échéances des emprunts, plus courtes. Les investisseurs qui ont la capacité d’analyser les spécificités des emprunteurs de cet univers, y compris leur politique en matière de gouvernance, peuvent tirer parti de situations particulières pour dégager des plus-values non corrélées avec le marché. Sur ce segment, l’approche active basée sur la sélection de titres permet d’augmenter considérablement les performances.

*Responsable dette émergente, Vontobel Asset Management






 
 

AGEFI



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