Test grandeur nature pour les hedge funds

dimanche, 03.05.2020

Au premier trimestre, la déroute globale des marchés a permis aux fonds alternatifs de justifier leur proposition de valeur en limitant les pertes dans les portefeuilles.

Gianluca Castrilli*

Gianluca Castrilli

Plus de dix ans après la crise financière qui aura fait trembler toute l’industrie, il est légitime de se demander – encore – si les stratégies alternatives méritent de réapparaître dans les portefeuilles des investisseurs. Les déconvenues de 2008 ainsi que les vagues de réglementation qui se sont ensuite succédé ont éloigné beaucoup d’acteurs de cette classe d’actifs.

Néanmoins, depuis quelques années, les évolutions réglementaires du type UCITS, l’apparition de produits plus liquides ainsi que la recherche de nouvelles sources de performances ont poussé les investisseurs à (re)considérer une allocation plus importante en solutions alternatives. Mais au final, c’est peut-être ce début d’année à caractère si exceptionnel qui va permettre aux hedge funds de confirmer ou non leur retour sur les devants de la scène. Que ce soit au moyen des fonds UCITS ou des véhicules traditionnels, la période extraordinaire que nous vivons crée en effet de multiples opportunités aussi bien pour les investisseurs que pour les gérants.

Après une année 2019 en tous points remarquable, les marchés actions se sont malheureusement laissés prendre au premier trimestre dans la tourmente du coronavirus. En quelques semaines, les principales bourses ont chuté de près de 20%. Outre le risque de récession qui plane sur une grande partie du globe, ce brusque décrochage sonne la fin du bull market qui a débuté en 2009 et s’est donc achevé début 2020. Au cours de cette période, l’industrie des hedge funds a systématiquement sous-performé les actions mondiales à l’exception de 2018. De plus, à l’examen de l’indice HFRX Global Hedge Fund publié par Hedge Fund Research, il apparaît que les stratégies alternatives n’ont participé à la hausse des marchés actions, entre 2009 et 2019, qu’à la hauteur de 33%.

A l’aube d’une nouvelle décennie, les astres donnent néanmoins l’impression de se réaligner en faveur de ces stratégies. Volatilité, incertitude, chocs exogènes, interventions massives des banques centrales et comportement irrationnel des investisseurs: ce cocktail explosif devrait convenir aux gérants capables de générer de l’alpha en exploitant notamment les dislocations de marché qui sont apparues.

S’il est encore tôt pour tirer un bilan définitif de ce premier trimestre, l’indice global HFRX nous donne un avant-goût du comportement de la classe d’actif durant cette phase de correction. Alors que les indices actions mondiaux affichent une performance de -21,1% à fin mars, en l’occurrence le MSCI World Net Total Return en USD, le HFRX Global Hedge Fund Index ne baisse que de 6,9%. La plus-value et la protection apportée par les fonds alternatifs se précise avec un niveau de participation dans un marché baissier de 30%. Sans surprise, les fonds avec une approche longue en volatilité et concentrée sur les risques extrêmes s’en sortent beaucoup mieux et affichent, pour la majorité, des performances positives.

À première vue, le premier trimestre 2020 semble donc donner raison aux stratégies alternatives. Se pose maintenant la question du positionnement qu’il convient d’adopter à leur égard? Avec une croissance bénéficiaire plus fragile, des inégalités grandissantes parmi les secteurs et un contexte géopolitique complexe, les perspectives des marchés actions sont moins prometteuses sur le court et moyen terme. Du côté des obligations, les rendements obligataires faibles et les spreads de crédit tendus n’offrent guère plus de réjouissances.

Compte tenu de l’environnement qui semble se dessiner, les acteurs financiers vont devoir rechercher de nouveaux vecteurs de performance. Sans oublier la volatilité et la fragmentation des marchés qui devraient inciter les investisseurs à revoir à la hausse leur allocation en hedge funds et stratégies alternatives. Deux conditions seront néanmoins nécessaires pour valider cette augmentation: une décorrélation continue par rapport aux indices boursiers mondiaux et une diversification optimale au niveau des stratégies.

* Gestionnaire de fonds, Trillium






 
 

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