«En période de crise, les investisseurs préfèrent les actifs durables»

lundi, 18.05.2020

Au premier trimestre 2020, les fonds ouverts durables ont collecté 40,5 milliards de dollars. Soit une augmentation de 41% par rapport à l’année précédente. Pour Mirjam Staub-Bisang, CEO de BlackRock Suisse, le durable sera la norme à l’avenir.

Matteo Ianni

Pour Mirjam Staub-Bisang, CEO de BlackRock Suisse, le durable sera la norme à l’avenir.

C’est une question qui a longtemps fait débat parmi les spécialistes: les fonds indiciels cotés (ETF) durables affichent-ils une résilience en périodes de fortes tensions sur les marchés ? Le récent ralentissement économique a été un test clé pour les plus convaincus. Au premier trimestre 2020, les fonds ouverts durables (fonds communs et ETF) ont ainsi collecté 40,5 milliards de dollars. Soit une augmentation de 41% par rapport à l’année précédente. Ce sont les résultats qui émergent de la dernière étude publiée aujourd’hui par BlackRock. Aux Etats-Unis, les fonds durables ont même collecté un montant record de 7,3 milliards de dollars au premier trimestre.

Une surperformance des ETF durables

Dans son analyse, BlackRock met en évidence une corrélation entre la durabilité et des facteurs traditionnels tels que la qualité et la faible volatilité, qui sont eux-mêmes synonymes de résilience. «Bien que la période observée soit trop courte pour permettre de tirer des conclusions déterminantes, elle met en évidence les facultés de résilience que nous avions déjà observées pour les stratégies durables, commente Mirjam Staub-Bisang, CEO de BlackRock Suisse. Nos recherches montrent, par exemple, que les entreprises ayant une bonne gestion de la relation aux clients ainsi qu’une culture d’entreprise solide affichent des performances financières plus robustes.»

Néanmoins, les plus critiques pourraient attribuer la performance solide des fonds ESG à la sous-pondération des entreprises traditionnelles du secteur énergétique, dont les prix ont chuté plus fortement que le marché pendant la correction. Pensons ici au pétrole par exemple.  «Selon nous, cette surperformance est davantage déterminée par une série de facteurs matériels liés à la durabilité, répond la CEO. Cette résilience s’est également appuyée, durant la crise, sur la préférence des investisseurs pour les actifs durables. Désireux de rééquilibrer leurs portefeuilles dans un contexte extrêmement volatil, les investisseurs préfèrent de plus en plus les fonds durables aux fonds traditionnels.»

Dans son analyse comparative, BlackRock relève ainsi que pendant les périodes de ralentissement du marché, les indices durables avaient tendance à surperformer leurs homologues non durables - c'est-à-dire qu'ils affichaient un retrait plus faible pendant le ralentissement du marché. Au premier trimestre de 2020, 94 % des indices durables ont surpassé leurs indices de référence. «Nous avons également vérifié si cet effet était toujours présent après la reprise du marché qui a débuté fin mars et avons constaté qu'il était persistant. 88% de ces fonds durables ont surperformé leurs homologues non durables du 1er janvier 2020 au 30 avril 2020.»

«Dans le futur, nous n’aurons plus que des investissements durables»

Un des principes clés de l'investissement durable est que les normes comptables traditionnelles telles que les GAAP ou les IFRS ne fournissent pas aux investisseurs une image complète de ce qui est matériel, c'est-à-dire l'ensemble des risques et des opportunités auxquels les entreprises sont confrontées. Armés de plus d'informations, les investisseurs sont mieux placés pour évaluer les risques.

«Jusqu’à présent, il y avait cette idée selon laquelle il y a nécessairement un compromis de rendement dans les stratégies durables. Conformément aux recherches antérieures de BlackRock, les recherches financières sur les cycles de marché confirment notre point de vue selon lequel les stratégies durables ne nécessitent pas de compromis en matière de rendement, possèdent d'importantes propriétés de résilience et peuvent offrir aux investisseurs de meilleurs rendements corrigés du risque.»

Au cours de la prochaine décennie, BlackRock prévoit que le volume d’actifs investis dans des fonds indiciels et des ETF durables augmentera de 1000 milliards de dollars pour atteindre 1200 milliards. «Dans le futur, nous n’aurons plus que des investissements durables», promet Mirjam Staub-Bisang.

En début d’année, BlackRock a annoncé un changement majeur dans son approche: dans sa lettre annuelle aux dirigeants des grandes entreprises, le patron Larry Fink promettait de liquider les investissements non durables du groupe. Le changement climatique induit une «transformation fondamentale du secteur financier», disait-il alors.

Lundi passé, Blackrock perdait son actionnaire principal. La banque américaine PNC a annoncé qu’elle cédait ses parts. Ce départ pourrait-il être lié au virage que BlackRock a pris dans les investissements durables et responsables? Interrogée, Mirjam Staub-Bisang indique qu’elle ne peut commenter la décision d’un actionnaire. En fin de semaine dernière, PNC indiquait au Financial Times que sa décision visait à renforcer son bilan  en réponse à la détérioration de l’économie américaine

Quoi qu’il en soit, le gestionnaire d'actifs compte développer l'accès à l'investissement durable en doublant notamment son offre d'ETF ESG au cours des prochaines années, à 150 ETF, et élargir sa gamme de stratégies actives incluant des facteurs de développement durable dans les objectifs d'investissement.






 
 

AGEFI



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