Donald Trump et Janet Yellen, le couple fonctionne

dimanche, 16.04.2017

Au premier abord, le président américain Donald Trump et la patronne de la Réserve fédérale Janet Yellen ont peu de choses en commun.

Janet Yellen est présidente du Conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale des États-Unis (FED).

Donald Trump et Janet Yellen ont tous deux des intérêts communs à défendre, à commencer par le plein emploi.

Depuis sa nomination à la tête de la banque centrale en février 2014, Janet Yellen, une économiste habituée des administrations démocrates et attachée au libre-échange, a maintenu les taux d'intérêt à un très bas niveau. Et elle n'entend les relever que progressivement même si le taux de chômage, à 4,5%, est au plus bas depuis près de 10 ans.

En promettant de réduire les impôts, d'investir dans les infrastructures et de déréguler la finance, le magnat de l'immobilier élu sur un programme isolationniste pour le moins a contribué à propulser la confiance du consommateur américain à son meilleur niveau depuis l'éclatement de la bulle internet il y a 16 ans, selon l'indice établi par l'organisation patronale Conference Board.

D'anciens collègues de Mme Yellen ne trouvent pas si incongrus les propos de Donald Trump qui, dans une interview au Wall Street Journal, n'a pas exclu de la nommer à un nouveau mandat de quatre ans l'année prochaine. La présidente de la Fed pourrait accepter de rempiler, en dépit des critiques du candidat républicain pendant la campagne électorale l'an dernier.

Appels au changement

De nombreux élus républicains ont certes appelé de leurs voeux une politique monétaire plus restrictive et une Fed moins interventionniste. Mais "le président ne trouverait pas cela si utile que ça", affirme l'ancien vice-président de la Fed Donald Kohn.

Si Donald Trump nomme des personnes compatibles avec Janet Yellen aux trois postes actuellement vacants au conseil des gouverneurs de la Fed, il sera difficile de lui refuser un nouveau mandat en février 2018. "Si elle continue de bien faire son travail, ce serait pure folie de la remplacer", juge Andrew Rose, professeur d'économie à Berkeley et co-auteur avec Mme Yellen d'une étude de référence sur le marché du travail.

L'ex-universitaire a succédé à Ben Bernanke à la présidence de la Fed en février 2014 en se fixant pour objectifs la croissance des emplois et des salaires. Plus généralement, Janet Yellen a visé le redressement de la situation financière des ménages après la crise de 2008.

L'amélioration de la situation économique lui a permis d'initier une lente normalisation de la politique monétaire, avec l'arrêt du programme d'achats d'actifs. Puis est intervenue une hausse de taux en décembre 2015, la première depuis dix ans, suivie par une autre en décembre 2016 et une troisième le mois dernier.

Tradition

La politique prudente de normalisation de la Fed a coïncidé avec des plus hauts records à Wall Street, dont Donald Trump s'est attribué le crédit. La reconduction de Janet Yellen ne romprait pas avec la tradition puisque ses trois prédécesseurs, Paul Volcker, Alan Greenspan et Ben Bernanke, ont tous accompli au moins deux mandats de quatre ans.

Et tous ont été nommés ou reconduits à la fois par des présidents républicains ou démocrates. Mais pour Donald Trump cela pourrait quand même revenir à manger son chapeau.

Durant la campagne électorale de 2016, le milliardaire l'avait accusée d'être aux ordres du président Barack Obama, de maintenir les taux bas pour des raisons de basse politique et même d'avoir fait cause commune avec les "intérêts mondialistes" qui ont ruiné l'Américain moyen. Et il avait clairement dit qu'il la remplacerait par un membre du Parti républicain.

La Fed a dit n'avoir aucun commentaire à faire sur l'interview du chef de l'Etat au Wall Street Journal. Une partie des élus républicains et des conseillers du président verraient dans une reconduction de Yellen une nouvelle reculade de Donald Trump, qui s'était engagé à "assécher le marigot" de l'establishment à Washington.

Peur de l'inconnu

Janet Yellen, de son côté, n'aura peut-être pas envie de poursuivre sa mission pendant quatre années supplémentaires si elle a des relations conflictuelles avec les trois nouveaux gouverneurs du "Board", l'instance de direction de la Fed qui compte sept membres.

Mais s'il faut choisir entre son style consensuel et un saut dans l'inconnu, surtout quand il s'agira de communiquer aux marchés, alors "il serait sage de la nommer pour un nouveau mandat", estime Joseph Gagnon, lui aussi ancien collègue de Janet Yellen à Berkeley et ex-chercheur à la Fed.

"Je ne vois pas quel serait l'intérêt pour lui de nommer quelqu'un qui va brutalement remonter les taux d'intérêt", conclut-il.


 

 
 



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