Les ETF ont passé avec succès leur test de résistance

lundi, 04.05.2020

Au plus fort de la crise, la liquidité des fonds indiciels cotés a été assurée lors de phases de forte tension sur les marchés entre fin février et la mi-mars. Les ETF durables ont aussi fait preuve de résistance.

Laura Jalabert*

C’est une question qui a longtemps fait débat parmi les spécialistes: les fonds indiciels cotés (ETF) sont-ils des instruments suffisamment liquides en périodes de fortes tensions sur les marchés ? Pour y répondre, la récente crise du coronavirus a servi de test grandeur nature. Un test passé avec succès jusqu’à présent: les échanges d’ETF ayant continué de manière ininterrompue entre fin février et mi-mars, permettant aux investisseurs d’avoir un accès permanent au marché lorsqu’ils en avaient le plus besoin.

Volumes record en mars

La semaine du 9 au 13 mars 2020 - durant laquelle l’indice S&P 500 avait chuté de plus de 10 % et l’Euro Stoxx 50 de près de 14% - constitue un bon exemple d’une telle situation. En Europe, les volumes des flux des fonds indiciels cotés ont atteint un record de 120 milliards de dollars cette semaine-là. C’est presque trois fois plus que le volume hebdomadaire moyen de 44 milliards de dollars en 2019. De plus, les volumes d’ETF échangés en Europe ont non seulement affiché de nouveaux records en valeur absolue en mars mais ils ont aussi gagné des parts de marché par rapport à l’ensemble du volume des actions négociées. Ainsi, les flux d’ETF européens ont représenté environ 30% de l’ensemble des actions échangées durant les journées les plus animées sur les marchés, contre une part d’environ 20% lors de journées comparables en 2019.

Les ETF, garants de la liquidité sur les marchés obligataires

Les volumes d’échange observés sur les marchés obligataires montrent que les ETF ont joué un rôle clé pour assurer la liquidité. Alors que l’épidémie de coronavirus a entraîné une rapide détérioration de la liquidité sur ces marchés – des bons du Trésor américain aux obligations d’entreprise, certains investisseurs se sont tournés vers les ETF. Durant les quatre semaines allant du 21 février au 20 mars, les volumes échangés sur les ETF obligataires iShares UCITS ont bondi pour atteindre une moyenne hebdomadaire de 17,5 milliards de dollars, plus du double de la moyenne hebdomadaire calculée en 2019, selon l’agence Bloomberg. Les ETF ont permis aux investisseurs de transférer des risques à des prix qui reflètent le changement du sentiment du marché.

Un marché plus sélectif

La forte chute des marchés en février et mars freinera-t-elle l’essor quasi ininterrompu des ETF durant la dernière décennie ? Deborah Fuhr, cofondatrice d’ETFGI, une société conseil basée à Londres spécialisée dans les produits indiciels, s’attend à une baisse du nombre de nouveaux ETF lancés sur le marché. Et de pointer du doigt les nombreux fonds indiciels qui affichent des volumes trop faibles: «La prolifération de produits a créé un grand nombre d’ETF non rentables que les gérants avaient rechigné à fermer jusqu’ici», relève l’experte. Plus de la moitié des 7 927 ETF commercialisés à fin décembre 2019 affichaient ainsi un volume inférieur à 50 millions de dollars, le seuil minimal jugé nécessaire pour être rentable. La forte chute des marchés financiers réduira encore la taille de ces ETF, ce qui accroîtra la pression exercée sur les gérants pour fermer les fonds indiciels non rentables, anticipe la spécialiste. Cela ne remet toutefois pas en question la tendance de croissance du marché indiciel sur le long terme. Les phases de dislocation survenues en Bourse par le passé ont généralement permis aux ETF de gagner de nouvelles parts de marché ensuite. Il faut à nouveau se préparer à un tel scénario quand les marchés rebondiront.

Les fonds indiciels durables poursuivent leur essor

Les fonds indiciels qui intègrent les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) ont bien résisté jusqu’ici. Après plusieurs semaines de forte croissance en février, les afflux de nouveaux fonds ont ralenti début mars, devenant momentanément négatifs, avant de redevenir positifs à fin mars. Les ETF durables ont affiché une résilience remarquable durant la récente phase de liquidation sur les marchés. Ils ont, notamment, profité de leur faible exposition à des secteurs tels que l’énergie ou l’infrastructure. Les ETF qui investissent dans des sociétés européennes cotées en tenant compte des critères de l’investissement socialement responsable ont affiché un gain de 2 milliards de dollars entre le 21 février et le 31 mars.

* Head of ETF & Index Investments Sales Romandie & Ticino, Blackrock






 
 

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