Relance de la croissance: l'Allemagne sous pression

samedi, 13.04.2019

Au moment où l'expansion européenne marque le pas, l'Allemagne doit pouvoir faire plus, selon le FMI.

"L'Allemagne s'est plutôt bien comportée, mais elle peut faire plus" estime Poul Thomsen, directeur du FMI pour l'Europe.

L'Allemagne, qui dispose de marges de manoeuvre d'investissement, est sous pression aux réunions de printemps du FMI pour donner un coup de fouet à la croissance européenne qui s'essouffle.

"L'Allemagne s'est plutôt bien comportée, mais elle peut faire plus", a d'emblée affirmé vendredi Poul Thomsen, directeur du Fonds pour l'Europe, lors d'une conférence de presse.

Le débat est un serpent de mer. Mais au moment où l'expansion européenne marque le pas, il revient sur le devant la scène lors des réunions du Fonds monétaire international (FMI) qui se déroulent cette semaine à Washington.

Le FMI a abaissé ses prévisions de croissance mondiale pour 2019, imputant en grande partie cette baisse au ralentissement plus marqué que prévu en Europe. La croissance de la zone euro devrait ainsi être de 1,3%, soit 0,2 point de moins qu'estimé en janvier.

Les dépenses de l'Allemagne vont s'accroître de 0,7% en 2019, c'est "considérable", a reconnu Poul Thomsen. Mais "nous devons voir plus et il faut poursuivre" le mouvement, a-t-il estimé.

Avant même ces commentaires, le ministre allemand des Finances Olaf Scholz avait préparé sa défense, niant farouchement le fait que Berlin ne prenne pas ses responsabilités.

"Nous avons déjà fait ce qu'on nous a demandé de faire", a-t-il insisté auprès de journalistes.

"Nous avons une vaste stratégie d'investissement", a-t-il assuré. "L'investissement public s'accroît bien plus que dans les années passées", a-t-il ajouté, citant une hausse des investissements dans les infrastructures, l'éducation, l'économie numérique.

Effort collectif

Face aux nouvelles estimations de croissance du FMI pour l'Allemagne (+0,8%, -0,5 point), il a insisté: "Nous ne sommes pas en récession, notre croissance ralentit".

Il a relevé que le marché du travail souffrait toujours d'un manque de main d'oeuvre. "Ce n'est typiquement pas un symptôme d'une situation économique difficile", a-t-il commenté.

Selon des sources françaises, la question des investissements suscite néanmoins des débats au sein du gouvernement allemand, entre le ministre de l'Economie Peter Altmaier, qui serait "favorable à davantage d'investissements" et son collègue des Finances, Olaf Scholz, qui s'y oppose fermement.

Les gouvernements français précédents ont souvent fait des appels du pied au gouvernement allemand pour qu'il investisse une plus grande partie des excédents que dégage la première économie de la zone euro tournée vers l'exportation.

"La situation a aujourd'hui changé", a expliqué à l'AFP une source française. "La croissance allemande a ralenti et la France est engagée avec détermination dans la réforme de son économie". "Il en va de notre intérêt collectif au sein de la zone euro de lutter contre le ralentissement de la croissance, a-t-elle ajouté.

Le ministre français des Finances, Bruno Le Maire, avait proposé jeudi à ses partenaires européens un "contrat" en quatre points face au ralentissement économique, dont une hausse des dépenses pour les pays qui disposent de "marges de manoeuvre budgétaires", en allusion directe à l'Allemagne et aux Pays-Bas.

Jeudi, il a une nouvelle appelé les Etats ayant des situations budgétaires "solides" à "investir davantage". Et des Etats, comme la France, doivent poursuivre leurs réformes économiques et rétablir leurs finances publiques.

Le gouvernement français est "déterminé" à poursuivre les réformes "qui donnent des résultats", a-t-il également dit, soulignant qu'il était "lucide sur les faiblesses économiques de la France".

"J'espère que chaque Etat membre de la zone euro aura la même sagesse et la même lucidité. Sinon, il ne peut pas y avoir d'avenir en commun", a-t-il en outre estimé.

"La responsabilité et la sagesse sont essentielles, ceux qui ont des moyens ne doivent pas thésauriser pendant des années et des années en laissant la croissance se dégrader. Ils doivent investir pour financer de nouveaux projets, l'innovation pour qu'il y ait plus de coopération et de solidarité au sein de la zone euro", a-t-il enfin opiné.

Dès mercredi, le responsable du Trésor américain Steven Mnuchin avait, lui-même, enjoint les pays "qui s'appuient sur d'importants et persistants excédents extérieurs" - comme la Chine, avec qui les Etats-Unis ont engagé un bras de fer commercial, ou l'Allemagne - "à réorienter leurs politiques pour doper la demande intérieure". (awp)






 
 

AGEFI



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