Le rôle clé du développement chinois pour les actions des marchés émergents

mardi, 02.04.2019

Au fil des deux dernières décennies, le monde a ressenti les effets de l’envol de la Chine. Il semble que cela restera le cas pendant la prochaine décennie.

Will Ballard*

Les actions des marchés émergents ont affiché des rendements élevés depuis le début des années 2000. Ce résultat est dû en grande partie à la vitesse fulgurante du développement économique de la Chine, notamment depuis que celle-ci a rejoint l’Organisation mondiale du commerce en 2001.

Pays relativement anodin en termes de contribution économique il y a encore peu, la Chine est désormais un acteur incontournable. Au fil de ces deux dernières décennies, le monde entier a commencé à ressentir les effets concrets de la montée en puissance de la Chine. Il semble que cela restera le cas pendant la prochaine décennie.

Rendements faramineux du côté des commodities

Si l’on revient sur le début de la présente décennie et sur celui de la décennie précédente, les investisseurs auraient eu fin nez de suivre avec attention l’évolution économique des pays asiatiques.

Ainsi, les actions des producteurs de matières premières dans les marchés émergents ont produit des rendements faramineux au cours de la première décennie du nouveau millénaire, comme l’indique le graphique ci-contre.

Cette surperformance peut être expliquée en grande partie par la priorité donnée au début du millénaire par Pékin au développement des transports, des logements dans les villes et d’autres formes d’infrastructure.

Compte tenu de la taille de la Chine – qui compte 1,2 milliard d’habitants – cela a conduit à une nouvelle demande en biens de consommation, que les entreprises ont eu de la peine à satisfaire dans un premier temps. Il en est résulté une forte hausse des prix de la plupart des biens, ce qui a fait exploser les bénéfices de leurs producteurs et donc le prix de leurs actions.

La consommation des ménages à surveiller

Toutefois, les actions des producteurs de matières brutes ont sous-performé pendant la décennie suivante. Les producteurs de matières premières avaient en effet peu à peu commencé à répondre à la demande vertigineuse chinoise en augmentant massivement la production. Mais les marchés ont aussi compris qu’au vu des investissements considérables dans l’infrastructure réalisés par la Chine, la consommation des ménages allait devenir un facteur de plus en plus important de croissance économique. Voilà qui explique pourquoi, au cours de la dernière décennie, le secteur technologique a surperformé d’autres secteurs du marché, et de loin.

Durant ce laps de temps, nous avons par exemple assisté à la croissance exponentielle de compagnies Internet auxquelles personne n’aurait pensé dix ans auparavant. Prenez Alibaba, le géant chinois de la vente au détail en ligne. Non coté en Bourse avant 2014, il occupait déjà le huitième rang mondial des plus grandes capitalisations à la fin de l’année dernière.

Un succès comme celui d’Alibaba peut en partie être expliqué par le fait que l’utilisation d’Internet en Chine a continuellement et rapidement augmenté depuis le début de cette décennie. Il s’ensuit que le pays affiche désormais l’un des plus forts taux de pénétration de l’e-commerce dans le monde. Les ventes en ligne représentent ainsi désormais près de 20% du total des ventes de détail, un taux qui dépasse celui de la plupart des marchés développés.

Toutefois, force est de constater que les investisseurs ont maintenant rattrapé le temps perdu et qu’une bonne partie de la croissance qui devrait être générée par ces entreprises technologiques a été intégrée au prix des actions.

Si nous considérons maintenant la décennie à venir, nous estimons que les investisseurs feraient bien de regarder plus loin que les titres technologiques tout en gardant à l’esprit que les développements dans l’économie chinoise continueront à jouer un rôle déterminant dans la manière dont les marchés boursiers émergents performent.

La tendance à veillir de la population chinoise

Désormais, vivre en appartement et posséder une voiture, un téléphone et d’autres biens de consommation à la mode est courant en Chine. Nous pourrions donc assister à une hausse des dépenses dans des services tels que les soins, le tourisme ou la prévoyance retraite. Cette tendance devrait être renforcée par des facteurs d’ordre démographique puisque la population chinoise tend à vieillir.

Mentionnons le fait que la fourniture de certains de ces services est encore rudimentaire en Chine. Prenez l’exemple de l’opération de la cataracte. Bien que le nombre de personnes aveugles ou malvoyantes à cause d’une cataracte soit estimé à 7,6 millions, la Chine affiche l’un des taux les plus faibles dans le monde d’opération de la cataracte. En 2017, 2205 opérations ont ainsi été réalisées par million d’habitants, soit à peine un tiers de ce qui est le cas en Inde.

Alors que l’économie chinoise croît et que sa population vieillit, nous estimons que le tourisme international est un autre secteur qui va continuer à croître rapidement. Il suffit de traverser la Suisse pour s’en convaincre. En peu de temps, les touristes chinois sont devenus en 2015 le cinquième plus important groupe de touristes visitant la Suisse avec des nuitées qui ont presque décuplé en une décennie pour atteindre 1,2 million.

Si donc les matières premières étaient le secteur dans lequel investir au tournant du millénaire, et si la technologie était surpondérée par les investisseurs au début de la présente décennie, ceux-ci pourraient avoir envie de considérer les opportunités susceptibles d’enregistrer une croissance rapide des dépenses des consommateurs chinois pour divers services, dont ceux destinés à une population vieillissante.

*Aviva Investment






 
 

AGEFI



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