Au fait... qu’en est-il de la crise de la dette européenne?

mercredi, 22.05.2019

Philippe G. Müller*

Philippe G. Müller

Maintenant que les journaux consacrent leurs gros titres aux conflits commerciaux, la situation semble depuis quelque temps s’être calmée sur un front qui préoccupait beaucoup d’investisseurs il n’y a pas peu encore: la crise de la dette en Europe. 

Au vu de l’apparition possible de nouveaux risques en cas de ralentissement conjoncturel, le dernier numéro du «Global Sovereign Monitor: Ready or Not?» d’UBS examine la situation dans toute une série de pays. Plus de dix ans après la crise financière mondiale, l’étude compare leurs taux d’endettement public aux niveaux de 2007. 

A l’exception de quatre Etats (Norvège, Suède, Suisse et Allemagne), l’endettement de tous les autres est aujourd’hui plus élevé. Plusieurs ont vu leur dette augmenter de plus de 50% de leur produit intérieur brut (PIB) pendant la crise. Soit, par ordre décroissant, l’Irlande, la Grèce, l’Islande, l’Espagne, le Portugal, le Japon et la Slovénie. 

Les USA, la France et surtout l’Italie font souci

Si l’Islande et l’Irlande ont considérablement réduit leur endettement depuis lors, le Japon reste à des sommets tandis que la Grèce, le Portugal et l’Espagne commencent tout juste à le réduire. Les autres grandes économies présentant les taux d’endettement les plus élevés aujourd’hui sont l’Italie, les États-Unis et la France. 

Il est à craindre que plusieurs pays de la zone euro très endettés connaîtront un ralentissement économique au cours des prochaines années. En particulier, il est préoccupant que l’Italie accroisse actuellement sa dette et risque ainsi de tomber dans la partie inférieure de la fourchette de notation «investment grade». 

Les achats d’obligations par les banques centrales ont atténué le déclin mondial de la qualité du crédit souverain, en baissant les taux d’intérêt. De nouveaux programmes d’achats supplémentaires figureront probablement parmi les mesures adoptées pour lutter contre un futur ralentissement conjoncturel. 

Pour une crise, une lourde dette ne suffit pas 

Certes, en elle-même une dette publique élevée ne suffit pas à déclencher une crise, mais qu’elle peut en accentuer l’impact. En effet, elle pèse sur le potentiel de croissance d’une économie et limite la marge de manœuvre du pays en matière de politique budgétaire et monétaire. 

L’amélioration modérée des notations souveraines ces dernières années devrait cesser bientôt. Les perspectives de notation de crédit restent stables pour tous les pays sauf la Grèce (nouvelle amélioration attendue) qui devrait au mieux atteindre un faible «BB».

Les inquiétudes quant aux coûts de financement se sont apaisées après le prudent changement de politique des banques centrales cette année. L’Italie et les États-Unis seront certainement les plus affectés par la hausse des coûts d’emprunt. La courbe de rendement abrupte et le handicap des déficits budgétaires élevés pourraient amener l’Italie à miser sur des échéances plus courtes, ce qui en contrepartie entraînerait à terme un risque supplémentaire.

Alors que l’Espagne et la France sont elles aussi confrontées à des besoins de financement élevés, les taux d’intérêt bas dus au refinancement continu de la dette continuent de limiter leurs charges d’intérêts. La recherche par les investisseurs de rendements élevés (le «carry») a réduit les primes de risque cette année, les incitant  à investir dans des pays moins bien notés. 

Les investisseurs devraient retirer les gains générés dans les pays ayant un connu un redressement plus rapide que la moyenne, comme le Portugal. Ils gagneraient aussi d’être prudents vis-à-vis des Etats qui surchargent leurs finances si tard dans le cycle, en particulier la France et l’Italie.

* Economiste responsable pour la Suisse romande, UBS






 
 

AGEFI



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