Les primes de risque politiques ont atteint un niveau extrême

vendredi, 21.09.2018

Attachées à de nombreux actifs financiers mondiaux, elles ont déjà ou vont bientôt atteindre leur apogée.

François-Xavier Chauchat*

La croissance de la zone euro semble avoir cessé de ralentir. L’évolution la plus encourageante se situe en Italie, où se joue ce que nous avons appelé le scénario portugais: la politique budgétaire serait redéployée pour soutenir la demande intérieure, mais dans des limites acceptables pour l’UE. C’est une bonne nouvelle pour la zone euro où, en outre, les indicateurs avancés se sont stabilisés après plusieurs mois de baisse. De plus, les nouvelles au sujet du Brexit ont semblé plus favorables récemment, déclenchant une réappréciation de la livre sterling. Enfin, la banque centrale de Turquie a monté ses taux, mettant fin aux craintes d’une paralysie imposée par le président Erdogan.

Les USA dans l’épicentre de l’incertitude politique 

Si, comme il est probable, les démocrates regagnent la Chambre des représentants en novembre, Donald Trump pourrait conclure que la guerre commerciale ne l’aidera pas à se faire réélire en 2020. De plus, les entreprises américaines sont de plus en plus préoccupées par les incertitudes et les coûts de ces mesures. Enfin, il semble que Trump veuille transiger avec l’Europe, le Mexique et le Canada, ce qui rend le scénario de l’élargissement de la guerre commerciale au-delà de la Chine moins probable. C’est un point crucial, car les modèles économiques suggèrent que seule une guerre commerciale étendue aurait un net impact sur l’économie mondiale.

À très court terme, la montée des tensions entre les États-Unis et la Chine limitera probablement l’appétit des investisseurs pour les actifs des marchés émergents. Cependant, une économie mondiale résiliente finira par être bénéfique pour ces marchés. De nombreux observateurs estiment qu’ils ne pourront se redresser tant que la Réserve Fédérale continuera à relever ses taux, mais nous ne sommes pas convaincus par cette thèse. La vulnérabilité des marchés émergents provient de sources diverses, mais ce n’est que depuis que D. Trump a lancé sa guerre commerciale et sa frénésie de sanctions que les actifs émergents ont commencé à chuter. Une question essentielle est maintenant de savoir si la baisse des devises va enclencher un cercle vicieux de resserrement monétaire et budgétaire. L’Argentine et la Turquie suivent cette voie, mais ce n’est pas le cas de la plupart des autres pays. Le Brésil a ainsi résisté à la pression à la hausse des taux courts, l’inflation restant faible (le véritable test interviendra après les élections du mois prochain). Mais surtout, la Chine n’est pas concernée par la dépendance aux flux de capitaux et a déjà réagi en augmentant les dépenses d’infrastructure et en réduisant les taux d’intérêt. Cela réduit clairement les risques à la baisse pour la croissance des pays émergents.

Une course à la «croissance visible»

Si la croissance mondiale reste résiliente et que les risques politiques et commerciaux sont contenus, la forte préférence des investisseurs pour les valeurs de «croissance visible» pourrait être remise en question. Certaines divergences récentes sur les marchés semblent en effet peu soutenables, comme par exemple la bonne tenue des valeurs du luxe, alors que celles-ci dépendent beaucoup du monde émergent. De plus, le prix relatif des valeurs de croissance par rapport à l’univers «value» se rapproche désormais de son niveau record de mars 2000. 

Enfin, le derating des bourses émergentes a propulsé l’écart de valorisation entre Wall Street et le reste du monde vers de nouveaux records. Certes, la stratégie «l’Amérique prend tout» peut s’avérer difficile à renverser dans un contexte d’explosion des bénéfices des sociétés américaines, mais une convergence au moins partielle semble inévitable au cours des prochains trimestres. Nous restons donc prêts à redéployer nos ratios élevés de liquidités pour augmenter la pondération des actions qui ont le plus souffert des risques politiques.

*Chef Economiste, Dorval Asset Management 






 
 

AGEFI



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