Argent et politique ne font pas partout bon ménage

mardi, 17.03.2020

Marie Owens Thomsen*

Marie Owens Thomsen

Aux Etats-Unis, la Cour suprême a rendu un jugement en 2010 ôtant toute restriction sur les contributions financières politiques de la part des personnes privées, des sociétés et des syndicats. En conséquence de cette décision, le coût total de l’élection, présidentielle et au congrès, est passé de 5.3 milliards de dollars en 2008 à 6.3 milliards de dollar en 2012, une hausse de 19%. En 2018, un candidat à la Chambre de représentants a dépensé en moyenne plus de 2 millions de dollars pour sa campagne, et pour le Sénat près de 16 millions de dollars. Malgré le rôle démesuré que l’argent peut jouer dans la vie politique américaine, au moins les contributions sont assez transparentes dans l’ensemble. On peut par exemple savoir que 416 des 435 membres (95.6%) de la Chambre des représentants ont accepté en moyenne près de 41’000 dollars de l’industrie pharmaceutique en 2018. Au Sénat, 98 sénateurs sur 100 ont reçu plus de 71’000 dollars de cette même industrie

Transparency International a étudié la qualité du lobbying en Europe sous l’angle de la transparence et la Suisse se classe 11ème dans un échantillon de 22 pays, pile au milieu du classement. Concernant la transparence, la Suisse obtient un score de 16%, inférieur à celui de l’Union européenne qui se situe à 25%. Sur le plan de l’intégrité, la Suisse se trouve à 29% contre 33% pour l’UE. Par contre, dans les domaines des consultations et de la participation aux processus de décision, la Suisse surperforme l’Europe avec une note de 44% par rapport à 33% pour l’Union. Dans ce contexte, soulignons que Transparency International accorde à la Suisse la quatrième place dans leur indice phare concernant la perception de la corruption, juste derrière la Nouvelle-Zélande, le Danemark et la Finlande.

Parmi les propositions présentées par Transparency International, figure la création d’une documentation accessible au public collectant les interventions des lobbyistes. Tous les contacts entre le secteur public et des lobbyistes devraient être suivis et rendus public. Les élus devraient déclarer toute occupation, mandat, et appartenance à des groupements d’intérêts, y compris les revenus et autres avantages qui en découlent. La Commission suisse des institutions politiques a d’ailleurs agit et votait en février 2020 en faveur de limiter à 5’000 francs les paiements des lobbies aux membres de commissions du gouvernements. La proposition est actuellement étudiée par la commission du Conseil des Etats.

En outre, il semble judicieux d’imposer des périodes de latence pour les employés qui entrent ou quittent leurs fonctions au sein des services publiques afin de protéger des conflits d’intérêts potentiels. ProPublica recensait en octobre 2019 que 281 lobbyistes travaillant dans l’administration Trump – un pour chacun des 14 postes dont la nomination nécessite l’approbation du Sénat, et quatre fois plus que lors des 6 premières années de l’administration Obama. Sous la Présidence Trump, un lobbyiste peut entrer dans l’administration sans aucun délai, tandis que lorsqu’il la quitte 5 années de délais sont imposées avant de pouvoir travailler à nouveau pour un lobby. Certes, le système américain a des défauts importants, mais au moins ils sont visibles. En Suisse c’est un peu le contraire. Alors, comme le dit le proverbe chinois «au lieu de maudire les ténèbres, allumons donc une petite lumière».

*Global Head of Economic and Investment Research, Indosuez Wealth Management






 
 

AGEFI



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