Aramco: des chiffres à couper le souffle

dimanche, 14.04.2019

Catherine Reichlin*

Obligataire. Au-delà d’être deux compagnies pétrolières détenues par leurs pays, qu’ont en commun le mexicain Pemex et le saoudien Aramco? Une notation de crédit fortement influencée par le poids du souverain. La comparaison s’arrête là. Pemex bénéficie d’un BBB grâce au Mexique, sans ce dernier la compagnie aurait un... B. Une image diamétralement opposée pour le A+ d’Aramco qui, sans le poids du Royaume d’Arabie Saoudite (RSA), atteindrait le graal de la notation: AAA/AA+.
Les chiffres d’Aramco coupent le souffle: en 2018 les bénéfices bruts de la société ont atteint 223,8 milliards de dollars – soit près de trois fois ceux d’Apple. Le bénéfice net et le cash flow libre laissent aussi pantois (111,1 et 85,8 milliards). Pour le RSA, Aramco constitue la plus grande source de revenus fiscaux et de devises: entre 2015 et 2017, la société a fourni près de 70% du budget et 80% des revenus en devises (Fitch).
Alors pourquoi émettre des obligations? Ni pour financer la récente acquisition de 70% de Sabic, ni pour renouveler des emprunts existants. Au-delà de conditions attractives, Aramco souhaite surtout «développer une relation avec les marchés financiers». De quoi les faire encore patienter d’ici à l’IPO repoussée à 2021.
Aramco est partie à la rencontre des investisseurs dans toutes les capitales financières mais est aussi sortie des sentiers battus pour des rencontres à Chicago, Tokyo et à Taïwan où les gérants institutionnels deviennent des investisseurs de poids pour le Moyen Orient. Ces rencontres ont été fructueuses au point qu’Aramco a battu de nombreux records: 30 milliards d’intérêts avant même l’ouverture des souscriptions et des intérêts finaux de 100 milliards.
Si d’autres sociétés ont déjà récolté de tels montants, cela était toujours pour des objectifs d’émission supérieurs. La société qui voulait initialement émettre 10 milliards, en a finalement emprunté 12, à des conditions plus serrées que son souverain, une première!
Alors comment se sont comportées dans le secondaire ces pépites tant recherchées? Si l’humeur initiale était au resserrement, -4bp sur l’ensemble des tranches, elle a rapidement tourné. L’obligation 10 ans émise avec une prime de 105bp, a terminé la semaine avec une prime offerte de 117bp.
Cet emprunt lancé à 99,52 mardi pouvait s’acheter à 98,25 vendredi. Le mouvement pour la prime de risque du RSA est semblable. Alors que la prime 10 ans est passée de 140bp à 114bp, elle s’est écartée à 126bp vendredi. Des niveaux qui restent néanmoins supérieurs à Aramco. Le marché s’interroge sur cette distorsion. Mais en est-ce une? Personne ne trouve anormal que Pemex traite au-dessus de son souverain, alors pourquoi Aramco ne pourrait-elle pas traiter au-dessous du sien?   

* Responsable de la recherche financière chez Mirabaud & Cie






 
 

AGEFI



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