L’évolution parallèle du potentiel de rendement et du risque

mardi, 26.02.2019

Après une année laborieuse pour les placements européens à haut rendement, faut-il investir dans cette catégorie d’actifs?

Hugo Squire*

L’année 2018 a été difficile pour les placements, y compris pour les instruments européens à haut rendement: à 3,6%, leur rendement annuel s’établissait au plus bas depuis dix ans, alors que les courbes de rendement avaient atteint le double de cette amplitude dans le courant de l’année. La question se pose donc de savoir si le moment est venu d’investir dans cette catégorie d’actifs.

Santé financière des entreprises

Au cours des dernières années, rares sont les émetteurs européens de placements à haut rendement qui ont subi une défaillance, ce ratio étant compris d’après S&P entre 1,5 % et 2,5 %. Ce n’est pas sans raison, par exemple, puisque le marché européen des placements à taux d’intérêt élevé est actuellement constitué à 70 % d’émetteurs classés dans le segment de notation supérieur BB. Il y a dix ans, cette proportion n’excédait pas 40 %, le reste étant composé de titres de créance plus risqués notés B ou CCC. La surpondération actuelle des notations de meilleure qualité se répercute clairement sur les prévisions de défaillance: à long terme, le taux de défaillance annuel moyen se situe à 2,4 % pour les emprunts obligataires notés B et à 0,6 % pour ceux notés BB. Les taux de défaillance pourraient donc encore baisser à l’avenir. 

D’autres indicateurs confirment également la bonne santé financière des émetteurs européens. Le faible niveau des taux d’intérêt et des spreads a incité bon nombre d’entre eux à opter pour de plus longues échéances. La durée moyenne sur le marché dépasse actuellement cinq ans, alors qu’elle oscillait encore autour de quatre ans en 2013. La fiabilité substantielle du paiement des coupons, les effets de levier dus à des fonds de tiers globalement faibles et l’absence d’échéances à court terme renforcent les valeurs à haut rendement pour l’éventualité de bouleversements de l’économie. 

Valorisations attrayantes

Sur le plan fondamental, rien ne justifie l’inquiétude, mais sur le plan technique, le tableau est moins rose. La Banque centrale européenne a mis un terme à son programme d’achat d’emprunts d’entreprises et tant les spreads que la volatilité ont commencé à augmenter. Les phénomènes de masses d’investisseurs lancés dans une chasse aux placements à haut rendement et l’effet d’éviction connexe appartiennent par conséquent au passé. La rémunération du capital reste néanmoins négative en Europe et rien ne devrait changer prochainement à cet égard. Excepté en cas de récession, les rendements, quoique modiques, pourraient donc bien conserver une relative stabilité, puisque les détenteurs de dépôts et de placements sans risque devront admettre tôt ou tard que la renonciation aux placements à haut rendement s’accompagne de coûts d’opportunités indésirables.

À l’examen des valorisations à long terme des placements européens à haut rendement, il apparaît qu’à la fin 2018, les spreads se situaient au-delà d’une moyenne de cinq ans et les rendements s’étaient hissés un peu plus de 4 %. Dans le contexte des dernières années, ces valorisations semblent attrayantes, surtout au regard d’autres catégories de placements à intérêts. Pour la première fois depuis la crise des emprunts d’État de 2011/2012, le spread des actifs à haut rendement est plus élevé en Europe qu’aux États-Unis. 

Potentiel de rendement supérieur en vue

Le prix comptant de ces titres connaît également une évolution intéressante, sachant qu’il est aujourd’hui descendu dix points plus bas que le cours maximal de novembre 2017. Fait inédit depuis le premier trimestre 2016, ces titres s’échangeaient en outre à la fin 2018 à un cours inférieur au pair. Dans la mesure où les taux de défaillance ne grimpent pas rapidement, cela signifie qu’un potentiel de rendement s’accumule sur le marché.

D’un point de vue technique, les perspectives se sont certes quelque peu ternies. Compte tenu des données fondamentales solides et des valorisations attrayantes, il est toutefois possible que les investisseurs engagés dans un horizon à moyen terme obtiennent maintenant un revenu pour leurs positions supplémentaires dans les valeurs européennes à haut rendement et qu’un potentiel de rendement plus élevé se dessine pour 2019.

*Gestionnaire de portefeuille adjoint chez Muzinich & Co à Londres






 
 

AGEFI



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