Trois thèmes d’investissement pour 2019

jeudi, 03.01.2019

Après une année 2018 pleine de rebondissements, quid de 2019? Trois grands sujets auront selon nous une influence majeure sur les marchés.

Marco Bonaviri*

2018 a été marqué par l’exceptionnalisme des Etats-Unis vis-à-vis du reste du monde, tant du point de vue économique que boursier.

La croissance américaine a notamment été propulsée par le stimulus fiscal voté en décembre 2017 qui a soutenu la confiance des investisseurs et a contribué à environ 10% de croissance des BPA sur les 24.2% attendus. 

Recul de la croissance aux Etats-Unis

Cette année, l’effet stimulant de la baisse des impôts s’estompera et les conditions financières continueront de se durcir, portant ainsi le différentiel de croissance des Etats-Unis vis-à-vis du reste du monde à s’amenuiser. Les prémisses d’un ralentissement de l’économie américaine commencent d’ailleurs déjà à être visibles avec le recul du marché immobilier et la dégradation des indicateurs de l’activité manufacturière. Le consensus table sur un recul de la croissance du PIB de 2.9% en 2018 à 2.6% en 2019 et 1.9% en 2020. A l’opposé, en zone Euro, la détérioration des conditions économiques est déjà bien amorcée et un point d’inflexion se matérialisera probablement prochainement. 

Poursuite des incertitudes politiques en Europe

Depuis longtemps les investisseurs européens sont habitués au «bruit politique» qui alimente les incertitudes et pèse sur les rendements. Le facteur politique certes a augmenté en intensité l’année dernière en Europe au point de devenir une force structurante des marchés financiers. Pour 2019, nous anticipons une poursuite, voire même une augmentation des incertitudes politiques. Le divorce effectif du Royaume-Uni (29 mars), ou la prolongation de la période de transition, générera indubitablement des épisodes de stress sur les marchés. Quant au gouvernement populiste italien, il est fort à parier qu’il ne tiendra pas l’année entière. Lors des élections parlementaires européennes (23-26 mai), la probabilité est grande de voir les partis anti-UE gagner des sièges et perturber le processus législatif. Finalement, la nomination du successeur de Mario Draghi à la présidence de la BCE pourrait avoir une importance capitale à un moment charnière pour la politique monétaire européenne.

Aux Etats-Unis, le moteur principal du Président Trump semble être son ambition de décrocher un second mandat. Ses chances sont essentiellement liées à deux facteurs: son taux de popularité et l’état de l’économie au moment des élections en novembre 2020. Donald Trump fera ainsi le nécessaire afin de soutenir l’économie et éviter une récession d’ici là. 

La Chine veut stimuler la demande intérieure

Quant à la Chine, les autorités semblent prêtes à soutenir l’économie afin d’assurer un atterrissage en douceur et un taux de croissance minimum de 6.1% pour atteindre l’objectif de croissance du plan quinquennal 2016-2020.

Avec la transmission depuis fin 2016 de mesures restrictives visant à ralentir le crédit et l’endettement, la croissance a décéléré de 6.9% en 2017 à 6.6% en 2018, une tendance qui devrait se poursuivre en 2019 avec une croissance attendue à 6.2%. Bien que l’objectif de désendettement structurel soit maintenu et qu’un plan de relance massif ne soit pas prévu, l’administration chinoise reste déterminée à soutenir l’économie. Les autorités chinoises ont néanmoins rapidement reconnu les risques auxquels fait face l’économie et mis en place au deuxième semestre 2018 une série de mesures fiscales et financières destinées à stimuler la demande intérieure. Pékin aura la tâche ardue de veiller à l’équilibre fragile entre soutenir l’économie au péril de l’endettement et réduire la dette au risque de peser sur la croissance.

Si l’économie devait ralentir davantage, le gouvernement chinois dispose néanmoins d’une marge de manœuvre pour accroître les politiques accommodantes.

Comment positionner les portefeuilles cette année?

Aux Etats-Unis, la combinaison du durcissement des conditions financières et du ralentissement du cycle économique devrait peser sur les entreprises fortement endettées et provoquer une baisse des cotes de crédit et une remontée des taux de défaut. La prudence est de mise au niveau du crédit américain, ce d’autant plus que les firmes américaines hors financières présentent un niveau d’endettement bien supérieur au pic de 2007. 

Attention aussi aux actions américaines qui pourraient avoir des difficultés en raison du ralentissement de la croissance des bénéfices et de l’éventuelle révision baissière de ceux-ci. Par ailleurs, la structure du marché américain, fortement dominé par les secteurs cycliques et les entreprises de croissance, souffrira dans un contexte économique plus difficile. Une exposition aux entreprises de qualité avec un bilan solide, des marges stables, un rendement de rachat élevé et une volatilité inférieure pourraient néanmoins permettre aux portefeuilles de mieux naviguer dans ces eaux troubles. 

En Europe, bien que nous envisagions une inflexion économique en cours d’année, et bien que la valorisation relative des actions européennes reste attractive, la prime de risque politique nous rebute. 

Les actions émergentes oscilleront quant à elles à priori en fonction de l’évolution du dollar US, du retrait de la liquidité au niveau global, et des politiques macroéconomiques chinoises. Une grande agilité est donc préconisée et les gérants de portefeuilles multi-classes d’actifs feraient bien de concentrer leurs efforts sur l’allocation tactique des actifs cette année.

*Gestionnaire de portefeuille senior, Banque REYL & Cie






 
 

AGEFI



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