Après le clash Trump-Greta du WEF à Davos

mardi, 04.02.2020

René Longet *

René Longet

Les visions du réel qui s’affrontent dans le monde ne pouvaient pas être mieux représentées que par le clash Donald Trump-Greta Thunberg à Davos. Trump, dans le rôle du vieux macho égocentrique, condescendant, grossier. Qui ne connaît que le rapport de force, porte aux nues les énergies les plus sales, prône l’enrichissement maximum comme but ultime de l’existence, est fier d’avoir triché avec le fisc et nostalgique de la conquête d’un Ouest conquis depuis belle lurette.

 

Et Greta, frêle jeune fille de 17 ans, avec ses mimiques et son regard accusateur, ressentant quasi physiquement les nuages noirs s’amonceler sur le monde et les affrontements à venir autour de ce qu’il en restera. Et dont le discours tient tout entier dans ces deux messages imparables: «vous m’avez mise au monde et me volez ce monde» et «écoutez la science», auquel nul dirigeant n’a encore su donner réponse.

Si pour les uns, il est déjà trop tard, pour d’autres, maintenir au moins une partie des acquis de notre confort et de nos facilités appelées «progrès» signifie accepter de changer. De faire un tri entre vrais et faux besoins, de modifier, autour de critères écologiques et sociaux trop longtemps négligés, nos façons de produire et de consommer.

Tout cela, on le sait et le dit depuis un bon demi-siècle. Consulter les archives des médias est impressionnant: les mêmes discours qu’aujourd’hui, répétés durant cinquante ans - et aucun n’a réussi à réellement modifier le cours des choses... Au contraire, l’humanité a accumulé une dette écologique telle qu’on ne peut plus exclure des emballements non maîtrisables, dont les incendies en Sibérie, en Amazonie et en Australie nous donnent un avant-goût.

Au lieu d’infléchir la trajectoire, des pyromanes comme Trump et son émule Bolsonaro, placés à la tête d’Etats à fort impact sur la Planète, accélèrent la course à l’abime sous les applaudissements de leurs électeurs. Et pendant que les collapsologues incitent à se terrer pour tenter de survivre dans une autarcie renouvelée, d’autres soulignent que sans un pouvoir centralisé qui organise et garantisse la transition, l’avenir n’est guère envisageable.

Trump et Bolsonaro soulignent que ce qui nous menace avant le collapse écologique, et qui risque d’en accélérer la survenance, est le collapse politique. A savoir un court-termisme, un matérialisme et un nationalisme exacerbés qui signent l’effondrement de la capacité de gouvernance des territoires, qui seraient alors livrés à une vaste foire d’empoigne autour des moyens de subsistance. En d’autres termes, le risque d’étendre à une bonne partie de la Planète le drame des Etats faillis (ou implosés).

Si ce scénario du pire est hélas possible, il n’est cependant pas certain. Les institutions internationales pour définir ce qu’il faut faire si l’on tient à une Planète viable et vivable sont encore là. Le multilatéralisme est un acquis précieux entre tous, car sans le cadre de négociation et d’action offert par le système des Nations Unies, il n’y aurait plus de possibilités de traiter les enjeux à la bonne échelle. Et les propositions qui en émanent sont tout aussi précieuses. Par exemple l’Accord de Paris ou les 17 Objectifs de développement durable, avec leurs 169 cibles concrètes, véritable feuille de route pour l’humanité. Tout y est dit, reste à le faire. Mais pour que ce devienne possible, il faut que Trump perde et que Greta gagne.

* Expert en développement durable






 
 

AGEFI




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