Alstom à la recherche d'un nouveau plan stratégique

samedi, 09.02.2019

Après la décision de l'Union européenne de refus de la fusion, quel avenir pour Alstom sans Siemens?

La Commission européenne a jugé qu'Alstom et Siemens auraient ensemble une position trop dominante en Europe dans la signalisation ferroviaire et les trains à grande vitesse. (Keystone)

Alstom n'a pas trop de soucis à se faire à court terme après le veto européen à sa fusion avec les activités ferroviaires de Siemens, mais l'évolution du marché et la concurrence chinoise pourraient l'amener à envisager tôt ou tard d'autres fiançailles.

"Alstom, sans Siemens, avait plutôt très, très bien marché ces dernières années", avec des finances saines et un carnet de commandes bien rempli rappelle Bertrand Mouly-Aigrot, associé au cabinet Archery.

"Aucun n'avait un besoin vital de ce rapprochement", embraye Guillaume Durand, analyste chez Wavestone.

"Le sujet était plus, à plus moyen terme, sur le fait de constituer le géant européen contre la menace internationale, et notamment chinoise et japonaise, même si la réalité de cette menace-là aujourd'hui n'est pas complètement là", ajoute-t-il.

De fait, Alstom, Siemens, Paris et Berlin ont maintes fois souligné que le but de ce mariage avorté était de créer un champion capable de faire face au mastodonte chinois CRRC, le numéro un mondial du ferroviaire, dont ils redoutent l'arrivée sur leurs marchés traditionnels.

Alstom et Siemens Mobility pèsent environ 8 milliards d'euros de chiffre d'affaires chacun, CRRC entre trois et quatre fois plus.

Mais la Commission européenne n'a pas semblé convaincue par la réalité de la menace chinoise. Elle a jugé qu'Alstom et Siemens auraient ensemble une position trop dominante en Europe dans la signalisation ferroviaire et les trains à grande vitesse.

Après le veto de Bruxelles, le patron d'Alstom Henri Poupart-Lafarge a expliqué que le groupe français comptait "repartir de l'avant", tout seul. Au moins pour le moment.

"Il n'y a pas de nécessité aujourd'hui de replonger, du tout, dans un projet tel qu'avec Siemens dans l'immédiat. (...) Nous ne sommes pas dans un cas où nous devons absolument bouger, où nous sommes dans un Monopoly d'acteurs", a-t-il expliqué.

La direction va ces prochains mois mettre sur pied un nouveau plan stratégique pour succéder au projet actuel "Alstom 2020".

"Possibilités de consolidation"

Outre un faible endettement, "nous avons une situation de trésorerie très excédentaire, très positive" d'autant qu'Alstom vient de toucher 2,6 milliards d'euros après son désengagement des coentreprises qu'il avait avec l'américain General Electric et qu'il ne versera pas le 1,8 milliard de dividendes prévus dans le cadre de la fusion, a relevé le PDG.

"Nous avons tout à fait de quoi financer la stratégie 2025 que nous allons mettre en place, que ce soit en termes d'investissements internes ou externes", a assuré M. Poupart-Lafarge.

Dans une option que Guillaume Durand résume par "l'option +j'ai tenté de me mettre en couple mais j'aime le célibat+", Alstom pourrait le cas échéant racheter tout ou partie des activités d'un concurrent, donc.

Cependant, le marché du transport demande de plus en plus des garanties financières importantes et les clients paient de moins en moins les projets à la commande – ce qu'ils faisaient auparavant pour financer l'ingénierie et permettre le développement de nouveaux produits.

"Ça veut dire qu'il faut une solidité financière redoutable et quand on fait face à des géants comme Siemens, (le japonais) Hitachi ou les Chinois, on peut penser qu'à terme, Alstom va devoir solidifier ses assises", observe un analyste.

Siemens présentait justement cet avantage, reconnaît-on volontiers au sein d'Alstom. De même que le mariage devait permettre d'"accélérer (le) mouvement vers les technologies numériques".

Et alors que M. Poupart-Lafarge expliquait mercredi que le groupe français poursuivrait l'aventure tout seul pour le moment, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire disait qu'il allait "réfléchir aux possibilités de consolidation pour Alstom".

Parmi les fiancés potentiels, il y a évidemment le canadien Bombardier Transport (qui a peu ou prou la même taille d'Alstom). Problème: les deux groupes se retrouveraient en situation quasi-monopolistique en France, notamment sur le matériel roulant.

On cite aussi régulièrement le français Thales, qui réalise 1,7 milliard d'euros de ventes dans le ferroviaire. Ou l'espagnol CAF, qui était intéressé par les cessions envisagées dans le cas de la cession avortée. Ou encore... Siemens, dans quelque temps, si les règles de la concurrence en Europe devaient être assouplies. (awp)






 
 

AGEFI



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