Apprendre au XXIe siècle

dimanche, 18.11.2018

Christophe Clavé*

Christophe Clavé

Dans son passionnant livre «Apprendre au XXIe siècle», François Taddeï questionne les grands bouleversements de notre temps pour ouvrir des voies à de nouvelles façons d’apprendre et de découvrir. Je croise ici quelques-unes de ses idées et mon expérience d’enseignant et d’entrepreneur.

L’intelligence collective plus forte que l’intelligence artificielle. Pour les bactéries comme pour les groupes humains, la coopération est la base de leurs capacités d’évolution, et donc de leur survie. L’homos sapiens se caractérise par sa capacité à coopérer en grand nombre afin de résoudre des problèmes de plus en plus complexes. Les réseaux sociaux offrent la possibilité de partages d’informations illimités, de collaborations larges et ouvertes. C’est du partage à grande échelle des savoirs, des expériences, des succès comme des échecs, que se construit le savoir de demain.

Repenser en profondeur le système d’enseignement. Plutôt que de privilégier la soumission à des normes et la capacité à se fondre dans un modèle normé, le système éducatif devrait se tourner entièrement vers le travail en groupe, la collaboration, l’intelligence collective. Les pédagogues américains ont adopté le modèle des «4C», et les enseignements dès le primaire sont orientés vers le développement de l’esprit Critique, de la Créativité, l’apprentissage de la Collaboration, en intégrant les capacités à Communiquer. Le travail en groupe, le questionnement systématique, l’humilité de la posture apprenante, l’acceptation de l’échec… sont autant de savoir incontournables à l’avenir de l’humanité.

Nous ne percevons pas encore la dimension exponentielle de l’évolution de la technologie, ni a fortiori ses effets. Les machines évoluent déjà, et évolueront à un rythme qui n’a rien à voir avec le rythme de l’évolution de l’espèce humaine, et particulièrement les capacités que nous avons à nous former et à nous réinventer. Face à l’avancée de la connaissance humaine, celle-ci n’a fait que se spécialiser. Il n’existe plus de savant universel. L’IA ne connaitra rapidement pas cette limite, et pourra agréger tous les savoirs de toutes les disciplines. Une réponse à cette science «en silos» est l’interdisciplinarité. Quatre sciences auront un rôle particulier à jouer dans l’évolution de l’espèce humaine, et c’est leurs interactions qui apporteront nombres de réponses liés à l’existence même de l’espèce humaine. Il s’agit des nanotechnologies, de la biologie, de l’informatique et des sciences cognitives. Les visionnaires de notre temps ne s’y sont pas trompés. Les fondateurs des Google, Amazon, Space X… consacrent tous des sommes extravagantes, souvent dans le plus grand secret, à travailler sur «l’humanité augmentée», sans aucun contrôle éthique. Elon Musk (Space X, Tesla, Hyperloop…) via sa société Neuralink «développe des interfaces entre le cerveau et les ordinateurs». Ces technologies se développent au croisement des quatre sciences évoquées précédemment (NBIC). Le message officiel est clair: «pour ne pas être dépassé par les machines, il convient d’augmenter artificiellement nos capacités.»

L’éthique au centre du savoir. Le mot épistémologie (l’étude de la connaissance) vit du grec et inclut trois dimensions que sont la connaissance du monde, les technologies ainsi que l’éthique de l’action. Il semble bien que cette dernière notion soit la grande oubliée dans la course à l’humanité augmentée. Qui contrôle les recherches, les expériences, la finalité des solutions développées? Si les médias ne passaient pas leur temps à attiser les émotions des foules sur de vaines querelles, peut-être resterait-il une place pour informer et débattre des questions essentielles?

* Présiden, EGMA






 
 

AGEFI



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