Quand la politique accommodante des banques centrales devient la norme

lundi, 01.04.2019

Alors qu’il y a quelques mois la question était de savoir combien de fois la Fed allait monter ses taux, elle semble être aujourd’hui «va-t-elle les baisser?»

Olivier de Berranger*

Ce n’est pas une nouveauté: le tournant accommodant des principales banques centrales est sans conteste la grande actualité de ce 1er trimestre. Et chaque semaine semble à présent y apporter son lot de nouveautés.

Alors que les débats sont vifs pour déterminer si l’inversion toujours plus prononcée de la courbe des taux américains est un indicateur fiable d’une récession à venir, Janet Yellen, l’ancienne directrice de la Fed, a tranché. Pour elle, l’inversion de la courbe n’est pas annonciatrice d’une récession, mais reflète plutôt la nécessité pour la banque centrale de réduire prochainement ses taux d’intérêts. Bien sûr, cette analyse n’est qu’une opinion puisque Mme Yellen ne participe plus aux débats. D’autant que les dernières projections de la Fed révèlent que même si une large majorité de ses membres anticipe le maintien du statu quo cette année, aucun d’entre eux en revanche n’attend une baisse des taux. 

Ceci pourrait néanmoins évoluer avec l’arrivée d’un nouveau membre au FOMC. En effet, Donald Trump a proposé la nomination de Stephen Moore – un de ses conseillers pendant la campagne présidentielle – au positionnement plus que dovish (accommodant). Fervent opposant des hausses de taux de 2018, il a par ailleurs déclaré que la Fed devrait dès à présent baisser ses taux de 0,50%. Alors qu’il y a quelques mois encore la question était de savoir combien de fois la Fed allait remonter ses taux en 2019, elle semble être aujourd’hui «va-t-elle baisser ses taux?».

La BCE adopte de plus en plus la posture de la Fed

L’Europe n’a pas été en reste. Lors d’une conférence à Francfort, Mario Draghi a déclaré que la BCE était prête à reporter à nouveau une première hausse de ses taux si nécessaire. Rien de très nouveau puisque la BCE adopte de plus en plus la posture de la Fed, à savoir agir en fonction des données économiques. Mais plus intéressant, le directeur de la banque centrale a déclaré que l’institution pourrait étudier la nécessité de mettre en place des mesures compensatoires aux effets néfastes des taux négatifs, notamment pour le secteur bancaire. 

Des propos repris et étayés par Reuters, précisant que la BCE étudiait différentes options, notamment la possibilité de rendre aux banques une partie des 7 milliards d’euros d’intérêts qu’elles versent au système européen de banques centrales (SEBC). Cela reviendrait à exempter en partie les banques de payer un taux de 0,40% par an à la BCE sur une fraction de leurs liquidités excédentaires. Une mesure qui viserait à soutenir la rentabilité du secteur, pour encourager les banques à prêter davantage et ainsi soutenir l’économie.

L’avenir de la BCE et la Fed peut-il s’observer au Japon?

La Banque du Japon (BoJ) a aussi tenu des propos très accommodants au cours de la semaine. Après sa réunion du 20 mars, elle a laissé apparaître ses inquiétudes quant aux conséquences du ralentissement chinois sur l’économie de l’archipel, et à l’impact de la hausse de la TVA sur la consommation. Et déclare envisager de nouvelles mesures d’assouplissement monétaire. Précurseur en matière de politique monétaire non conventionnelle dès 2001, la BoJ est toujours, près de 20 ans plus tard, engluée dans une politique monétaire ultra-accommodante. Ce scénario préfigure-t-il l’avenir de la BCE et de la Fed? Une question difficile à trancher, mais qui ne peut plus aujourd’hui être ignorée.

*CIO, La Financière de l’Echiquier






 
 

AGEFI



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