Prévoyance: le retrait du capital croît et favorise l’adoption de plans 1e

mardi, 25.06.2019

Alors que seule une petite majorité opte pour la rente de vieillesse, les plans 1e bénéficient d’un intérêt grandissant pour le versement d’un capital.

Moreno Ardia*

Les taux de conversion jouent un rôle déterminant dans l’étude de notre système de prévoyance. Ce sont eux qui permettent de fixer le revenu annuel que les bénéficiaires de rente du 2e pilier perçoivent. Le fait qu’ils soient nettement trop élevés au regard de l’allongement de l’espérance de vie et des perspectives de rendement actuelles sur les marchés financiers est largement accepté. Un abaissement du taux de conversion minimum au seuil de 5%, considéré comme raisonnable selon les calculs actuariels, semble néanmoins voué à l’échec sur le plan politique.

Changer la façon de penser

Un abaissement du taux de conversion à 5% réduirait en effet nettement les rentes mensuelles des assurés. Inversement, le maintien d’un taux de conversion trop élevé serait irrationnel du point de vue de l’intérêt collectif, mais parfaitement rationnel du point de vue individuel. 

Ainsi, les caisses de pension assurant uniquement les prestations du régime obligatoire seraient contraintes d’appliquer le taux de conversion minimum dans un premier temps. En revanche, les caisses enveloppantes, qui offrent également des prestations supérieures au minimum légal, disposeraient d’une plus grande marge de manœuvre parce qu’elles peuvent librement définir le taux de conversion minimum applicable aux parts de salaire au-dessus de la limite LPP de 85 320 CHF. Les promesses de rentes exagérées et la redistribution qu’elles impliquent incitent inévitablement les assurés ayant des avoirs de vieillesse dans le régime surobligatoire à envisager de plus en plus le versement d’un capital. 

Dans une étude publiée en 2018, les économistes du Credit Suisse analysent en détail la question du choix entre le capital et la rente. Aujourd’hui, sur la totalité des personnes qui partent à la retraite, 51% préfèrent encore le versement d’une rente, tandis que 31% optent pour le retrait intégral du capital, une option qui n’est donc plus une rareté. 

Toute personne étudiant la question «capital ou rente» uniquement en fonction de ses coûts et de ses avantages peut se fonder en priorité sur deux facteurs: sa propre espérance de vie et le niveau de rendement qu’elle pourra dégager de son capital de prévoyance sur les marchés financiers jusqu’à la fin de ses jours. Si elle pense vivre plus longtemps que la moyenne, elle aura tendance à choisir la rente. Il en va de même pour ceux qui ne peuvent s’exposer qu’à de faibles risques sur le marché des capitaux ou qui préfèrent n’en prendre aucun. 

Analyser l’impact fiscal

Alors que les considérations relatives à l’espérance de vie et au potentiel de rendement sont toujours assorties d’incertitudes, l’étude des impôts revêt un caractère concret. La charge fiscale au moment du versement du capital est nettement inférieure lorsque l’avoir de vieillesse est élevé: en effet, les impôts sur le capital et la fortune sont en général plus que compensés par la réduction de l’impôt sur le revenu. 

Néanmoins, la pertinence de cet avantage fiscal dépend fortement du lieu de résidence, par exemple un retraité célibataire ayant un avoir de vieillesse d’un million de francs: tandis qu’il percevra un revenu net bien supérieur dans la ville de Zurich avec une rente calculée sur la base d’un taux de conversion de 6%, il aura tout intérêt à opter pour le versement du capital au regard des dispositions de la ville de Neuchâtel. 

Les défis posés au système de prévoyance et la préférence tendancielle qui y est liée pour le versement d’un capital devraient favoriser en premier lieu les plans 1e (portant actuellement sur la part du salaire au-dessus de 127.980 francs). Toute personne qui opte pour le versement d’un capital parce qu’elle souhaite assumer la responsabilité de la gestion de son avoir de vieillesse appréciera également la possibilité de choisir sa propre stratégie de placement dans le cadre d’un plan 1e. Néanmoins, à la différence des solutions enveloppantes, les assurés profitent non seulement du rendement des placements mais assument aussi le risque de perte.

Optimiser le rendement

Lors de la première révision de la LPP effectuée en 2006, les plans de prévoyance 1e avaient initialement pour objectif de conférer une plus grande marge de manœuvre aux assurés en matière de stratégie d’investissement, reconnaissant que les décisions de placement des caisses de pension ne pouvaient jamais tenir compte de manière optimale des préférences de l’ensemble des assurés en termes de risque. 

L’interprétation a évolué depuis lors. D’aucuns pourraient déplorer que, comparée au rendement annuel moyen de 4,6% affiché par l’indice Credit Suisse des caisses de pension de 2010 à 2017, la rémunération moyenne des avoirs LPP n’ait pas dépassé 1,7%. Voilà pourquoi ceux qui ont une capacité suffisante pour assumer les risques et la responsabilité des placements trouveront dans les plans 1e un instrument idéal pour la gestion de leurs avoirs de prévoyance.

Pour notre part, depuis l’entrée en vigueur des nouvelles dispositions du droit sur le libre passage au 1er octobre 2017 et notamment la création de la nouvelle «Credit Suisse Fondation collective 1e en août 2018, nous remarquons un intérêt accru pour les solutions 1e. Ceci aussi bien de la part des responsables de la gestion dans les entreprises que directement des personnes individuelles. Nous escomptons que cette évolution en faveurs de solution 1e progressera encore ces prochaines années.

*Pension Solutions Manager, Credit Suisse






 
 

AGEFI



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