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jeudi, 09.08.2018

Alors que le CSI 300 a perdu plus de 10 % au cours des trois dernières années, le Shanghai Composite a chuté, lui, de deux fois plus. Les raisons expliquant ces différences entre les performances d'indices sont multiples. Explication.

Klaus Kaldemorgen, DWS.

Le fait que des indices ne reflètent pas nécessairement le développement économique d’un pays n’est pas un phénomène purement chinois.(keystone)

Vous connaissez certainement cette situation où vous êtes assis avec des amis dans un restaurant italien et pensez : les pâtes, c’est toujours bon, cette fois peut-être à la carbonara.

Ce que le serveur vous amène alors n’a rien à voir avec des spaghettis amoureusement baignées dans un mélange d’œuf et de parmesan et relevées par de la pancetta croustillante. Au contraire, les nouilles nagent dans une sauce à la crème abondante agrémentée de dés de jambon cuit censés lui donner du piquant. Ce plat porte certes aussi le nom de carbonara, mais n’a pas grand-chose à voir avec l’original.

Ce doit être à peu près l’expérience qu’ont faite les investisseurs qui voulaient placer leur capital dans le potentiel de croissance de la Chine. Les ETF, c’est-à-dire les fonds qui suivent passivement un indice, constituent un accès possible au marché boursier de ce qui est aujourd’hui la deuxième plus grande puissance économique du monde.

Au moins six baromètres de prix pertinents y sont disponibles. Tous portent la mention « Chine », mais leurs résultats sont très différents. Alors que le CSI 300, par exemple, a perdu plus de 10 % au cours des trois dernières années (en USD, à fin juillet), le Shanghai Composite a chuté, lui, de deux fois plus. Et ceci avec un taux de croissance annuel de l’économie chinoise de plus de 6 %.

Les raisons expliquant ces différentes performances sont multiples : le Shanghai Composite contient non seulement les actions A négociées en yuan, mais aussi les actions B en devises étrangères de près de 1 500 sociétés cotées à la Bourse de Shanghai. Le CSI 300, quant à lui, ne comprend que 300 sociétés cotées à Shanghai et à Shenzhen et se compose exclusivement d’actions A.

Comme pour la nourriture, ce sont les ingrédients qui composent le plat. Le fait que des indices ne reflètent pas nécessairement le développement économique d’un pays n’est pas un phénomène purement chinois. Une comparaison du S&P 500 et du produit intérieur brut des États-Unis sur une période allant de 1930 à 2017 montre par exemple que sur seulement 60 % des années où les performances économiques se sont améliorées, le baromètre des prix a également enregistré une croissance.

Si l’on considère l’indice et la performance économique de l’année suivante – parce que le marché boursier anticipe les développements économiques réels – la valeur augmente légèrement, mais n’atteint alors que 68 %.

Selon une étude menée par David Leinweber du Lawrence Berkeley National Laboratory, la production de beurre au Bangladesh présente le synchronisme le plus élevé avec le S&P 500.

La composition des indices n’est pas figée. Bien au contraire, les indices sont généralement établis selon le critère de la capitalisation boursière et ressemblent donc à des organismes vivants. Au sein du DAX, par exemple, la pondération de l’indice de la Deutsche Telekom a dépassé 20 % après que le gouvernement allemand a introduit en bourse la majorité des actions de l’ancienne société d’État en trois tours. Le DAX ressemblait donc davantage à un indice des télécommunications qu’à un échantillon représentatif de l’économie allemande. Une telle composition ne permet guère de diversifier les risques.

Le fournisseur du DAX, la Deutsche Börse, a alors analysé la situation et introduit d’abord un plafond de 15 %, puis de 10 % – et a ainsi modifié une fois de plus le caractère de l’indice. Des « changements de direction » similaires ont également pu être observés au niveau sectoriel. Depuis 2003, la pondération des valeurs pharmaceutiques et de santé a augmenté de 10 points pour atteindre 14,1 %, en partie en raison du regroupement du fournisseur d’indices. Inversement, la part des services à la collectivité est passée de 12,4 % à 3,1 % au cours de cette période.

En ce qui concerne la taille de l’entreprise, l’investisseur passif prend souvent une décision de placement passant inaperçue. La plupart des ETF sont proposés sur des indices boursiers standard, ce qui explique pourquoi les investisseurs ne peuvent pas bénéficier du profil risque/rendement souvent supérieur des titres secondaires.

Paul Watzlawick, Janet Beavin et Don Jackson ont formulé le premier des cinq principes de leur théorie de la communication ainsi : « On ne peut pas ne pas communiquer ». Compte tenu du grand nombre des indices et de l’embarras du choix qui y est associé, il faut bien le dire : « On ne peut pas ne pas investir activement ».






 
 

AGEFI



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