Agro-alimentaire: quelles priorités pour la Suisse romande?

mardi, 02.10.2018

René Longet*

René Longet

Ce 23 septembre, deux initiatives visant à renforcer la durabilité du secteur alimentaire ont obtenu un score positif en Suisse francophone, mais ont très largement été refusées en Suisse alémanique, le résultat suivant assez précisément la limite linguistique.

La politique fédérale s’en tiendra donc à l’article 104 A de la constitution plébiscité voici une année. M. Schneider-Ammann l’avait occulté lors de la publication de son rapport sur les perspectives à moyen terme de la paysannerie suisse, et «Avenir suisse» a récemment fait de même; tous deux négligent les externalités positives de l’agriculture, lesquelles ne sont pas toutes finançables sur le marché.

Qu’elles le veuillent ou non, cet article charge les autorités fédérales de créer les conditions pour «la préservation des bases de la production agricole, notamment des terres agricoles» et «une production de denrées alimentaires adaptée aux conditions locales et utilisant les ressources de manière efficiente.» Mais aussi pour «une agriculture et un secteur agroalimentaire répondant aux exigences du marché, des relations commerciales transfrontalières qui contribuent au développement durable de l’agriculture et du secteur agroalimentaire et une utilisation des denrées alimentaires qui préserve les ressources».

Quant aux cantons romands, les contenus des deux initiatives vont stimuler leurs engagements en matière agricole et alimentaire. Il s’agira ainsi de renforcer le soutien public à une offre de denrées alimentaires de qualité, produites dans le respect de l’environnement, des ressources et des animaux et de conditions de travail équitables.
Ils auront également à coeur de promouvoir davantage une agriculture paysanne indigène, rémunératrice, aux structures diversifiées et à ce que le nombre des actifs dans le secteur agricole augmente; ils défendront le droit des paysans à multiplier, échanger et commercialiser leurs semences, tel qu’il vient d’être reconnu aux Nations Unies. Enfin, il s’agira de préserver quantitativement et qualitativement les surfaces agricoles, et de développer l’information et la sensibilisation sur les conditions de production et de transformation des denrées indigènes et importées.

Et voilà qui donne du coup un rôle et une légitimité accrues aux entités qui portent les enjeux de la diversité (Pro Specie Rara), de la proximité et de la régionalité (AOP et IGP), du goût (la Semaine du Goût) ou de la santé (Fourchette verte) ou encore une vision d’ensemble du secteur (Slow Food ou Uniterre). Toutes organisations ayant pignon sur rue d’abord en Suisse francophone...

* Expert en développement durable






 
 

AGEFI



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