Les enjeux fondamentaux ne seront pas résolus avant l’élection américaine

dimanche, 01.03.2020

Accord états-Unis - Chine: l’accalmie temporaire laisse présager une escalade de tensions.

Katie Deal*

Katie Deal

L’accord commercial de phase 1 entre les États-Unis et la Chine a été présenté par l’administration Trump comme un «accord historique et exécutoire qui amorce le rééquilibrage des relations commerciales entre les États-Unis et la Chine». Si le pacte progresse sur des questions telles que les exportations américaines et l’accès au marché, il est probable que, malgré cette accalmie passagère, les tensions commerciales perdurent entre les deux pays et accompagnent tout le cycle électoral américain de 2020.

Au lieu d’une guerre commerciale toujours plus intense, les États-Unis et la Chine ont simplement reporté à plus tard les termes de négociation les plus controversés: droits de propriété intellectuelle, politiques industrielles chinoises et entreprises d’État chinoises.

La guerre tarifaire, moyen de pression privilégié de Trump

L’accord résout certains problèmes épineux auxquels sont confrontés les investisseurs et les entreprises qui s’engagent avec la Chine. La Chine s’est engagée à appliquer plus strictement les lois liées au transfert forcé de technologies. Pour répondre aux accusations de pratiques frauduleuses, les États-Unis et la Chine vont créer un comité conjoint afin de renforcer la mise en pratique de la phase 1.

L’accord engage également la Chine à acheter pour 200 milliards de dollars supplémentaires de produits agricoles, d’énergie, de services et de produits manufacturés sur deux ans, par rapport aux importations américaines de 2017. Ces achats augmentent le total des exportations vers la Chine dans des secteurs politiquement critiques. La Chine devrait se conformer aux termes de l’accord au moins jusqu’à cette année.

Bien que l’accord prévoie un comité commun pour examiner et sanctionner les fraudeurs, ce comité est nouveau et en développement, ce qui signifie que ses règles, procédures et moyens n’ont pas encore été définis. Ce manque de clarté incite le président Trump à utiliser sa politique déjà libérale de tarification en tant que levier de négociations. Si le président estime que la Chine ne respecte pas sa part de l’accord, il peut imposer des droits de douane «instantanés» qui ont été supprimés dans le cadre de l’accord en phase 1.

Suite à la première phase, la conséquence la plus visible aujourd’hui se traduit par ce que les échanges commerciaux de la Chine ont apporté aux marchés des actions. Cela devrait contribuer à assurer à l’administration une stabilité primordiale en cette année électorale. Sur le plan politique, l’accord donne au président l’occasion de rappeler qu’il a tenu une promesse de campagne.

Les certitudes et la stabilité apportées en phase 1 s’estomperont en 2021. Alors qu’un président démocrate peut se concentrer davantage sur les violations des droits de l’homme, un président en second mandat ou un nouveau venu à la Maison Blanche devra faire face à une immense pression politique pour prouver que le comportement de la Chine a changé avant d’envisager un allégement tarifaire supplémentaire.

Les défis de la phase 2

Au fil du temps, le président américain sera soumis à une plus grande pression de la part d’un Congrès de plus en plus audacieux pour régler les questions difficiles laissées en suspens par l’accord de la première phase: différends avec les États-Unis concernant le parrainage par la Chine de «leaders» de l’industrie et d’entreprises d’État ayant des avantages commerciaux déloyaux; investissement de la Chine dans des projets d’infrastructures dans les pays en développement comme celle de l’initiative «Belt and Road», qui permet de contrôler de plus en plus les chaînes d’approvisionnement et les technologies sur ces marchés.

À mesure que la Chine a développé et copié des technologies sophistiquées dans les domaines des semi-conducteurs, de l’intelligence artificielle et de la biotechnologie, la défense américaine s’est de plus en plus inquiété de la capacité de la Chine à constituer une menace économique et de sécurité nationale par le biais des chaînes d’approvisionnement. Gagnant en importance, ces défis continueront à alimenter la «guerre froide technologique» entre les deux pays.

La Chine continuera à protéger ses objectifs de croissance et d’expansion à long terme en refusant de se plier aux demandes unilatérales des États-Unis. Tant que des pressions supplémentaires d’acteurs multilatéraux ne renforceront pas la position des États-Unis sur la Chine, des changements significatifs et durables de la part de la Chine resteront peu probables.

* Analyste associée, T. Rowe Price






 
 

AGEFI



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