A une semaine des élections américaines de mi-mandat

mardi, 30.10.2018

Marie Owens Thomsen*

Marie Owens Thomsen

Normalement les élections américaines de mi-mandat attirent sensiblement moins l’attention des votants que les élections présidentielles. Cette année pourrait être une exception. La polarisation, phénomène où les opinions marquées à chaque bout du spectre politique gagnent en popularité au détriment des opinions centristes, normalement considérée comme néfaste à la vie politique, pourrait cette fois-ci être bénéfique, en encourageant davantage de personnes à voter.

La polarisation américaine a pris sa forme moderne pendant la Grande dépression des années 1930. Le plan de relance du président Roosevelt (New Deal) a cristallisé les perceptions du Parti démocrate comme solidaire des personnes défavorisées, et du Parti républicain comme défenseur d’un gouvernement moins interventionniste. Ces stéréotypes persistent à nos jours. La période du mouvement des droits civils a connu une nouvelle poussée de polarisation qui ne s’est jamais évaporée depuis. Néanmoins, c’est au courant du XXIe siècle que la polarisation se transforme en une révulsion mutuelle entre les républicains «rouges» et les démocrates «bleus».

L’essor est mesurable par le nombre de fois que le mot «polarisation» apparaît dans l’univers des nouvelles publiées par Bloomberg. Pendant les années 1990, l’occurrence du terme était de 5 à 30 fois par mois. Puis, depuis 2000, le compte commence à grimper, autour de 150 mentions par mois en 2010, jusqu’environ 650 par mois actuellement.

Si l’envie de battre l’opposition peut stimuler la participation des électeurs, il faut souligner que le facteur démographique n’est pas en faveur des républicains. La génération des «millennials» devrait dépasser en nombre celle des baby-boomers l’année prochaine et d’ici 2045, plus de la moitié de la population américaine ne sera pas blanche. D’ici 2060, près de 20% de la population sera née à l’étranger. Etant donné que les personnes qui ont voté pour le président Trump en 2016 étaient plutôt âgées, blanches, et moins récemment immigrées, on peut constater que le parti républicain doit soit élargir sa base, soit s’habituer à l’idée de devenir le parti minoritaire.  

On peut supposer que c’est l’angoisse de cette dernière option qui a provoqué une vague d’actions de la part de certains Etats visant à limiter le nombre de personnes s’enregistrant pour voter, ou qui votent. Plusieurs de ces cas ont été contestés au tribunal et finiront très probablement à la Cour suprême, depuis peu majoritairement conservatrice.

De l’autre côté, des initiatives ont été lancées pour aider les gens à s’enregistrer, et en une seule semaine fin septembre, pas moins de 800.000 personnes ont accompli cette mission. Ensuite, il faudrait qu’ils se rendent aux urnes. Aux élections présidentielles de 2016, 87% des personnes enregistrées ont voté, ce qui représentait toutefois seulement 55,7% de la population ayant l’âge de voter - loin derrière la Belgique, par exemple, premier pays du classement de l’OCDE à 87,2%.

Le résultat de ces élections dépendra très probablement du taux de participation. Mais le fait que la plus grande crainte de certains élus soit que la population se rende aux urnes en dit long sur la qualité de la démocratie américaine actuelle.

* Chef économiste, Indosuez Wealth Management






 
 

AGEFI



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