Les vieux boursicoteurs chinois sont déboussolés

mercredi, 07.02.2018

A Shanghai, dans des salles de courtage à l'ancienne, des boursicoteurs âgés se désolent des montagnes russes du marché chinois qui déciment leurs économies. Pas question toutefois de renoncer à leur passion pour la Bourse.

Les vétérans du boursicotage, aux cheveux gris, forment toujours le plus gros contingent des investisseurs.(keystone)

A mille lieues des technologies sophistiquées des grandes banques, des retraités chinois se réunissent tous les jours dans ces innombrables salles publiques de courtage du pays.

Le décor donne l'impression de remonter le temps: de grands tableaux lumineux donnant le niveau des cours et de gros ordinateurs cubiques, rappelant ceux des années 80, permettent d'enregistrer ses opérations.

A côté, sur des rangées de sièges en plastique orange, les vétérans du boursicotage passent de longues heures à discuter nerveusement de leurs portefeuilles, tressaillant au gré des fluctuations du marché.

La Bourse de Shanghai a chuté de 1,82% mercredi, creusant ses pertes après avoir plongé de 3,35% la veille dans le sillage de Wall Street.

Comme au casino

Au grand désespoir de Mme Xu, 63 ans: "L'indice a tellement piqué du nez que je me suis retrouvée à perdre 70'000 yuans (10'500 francs) sur la seule séance de mardi", se désole cette retraitée d'une usine de ciment.

Dans cette branche populaire du courtier Hongta Securities, au centre de Shanghai, Mme Xu soupire: "Cela nous brise le coeur. Et nos coeurs ont bien du mal à supporter tout ça".

L'essentiel des investisseurs sur les Bourses de Shanghai et Shenzhen sont des particuliers, souvent impulsifs et suivistes, ce qui a contribué à donner aux places de Chine continentale une réputation de "casino" subissant d'imprévisibles montagnes russes.

Beaucoup effectuent leurs transactions d'un clic sur leur smartphone - mais les vétérans du boursicotage, aux cheveux gris, forment toujours le plus gros contingent des investisseurs.

La plupart restent fidèles à leur salle de courtage, lieu de sociabilité où ils glanent les dernières rumeurs de la cote sur les entreprises et s'enthousiasment bruyamment quand leurs actions décollent.

Le goût du risque

Certes, depuis le violent krach qui a balayé la Bourse shanghaïenne à l'été 2015, les autorités s'efforcent de remettre de l'ordre, favorisant le poids des investisseurs institutionnels et durcissant les règles contre l'endettement et la spéculation.

Non sans peine: dans la salle de Hongta Securities, les boursicoteurs - dont certains ont pourtant perdu l'essentiel de leurs économies en 2015 - continuent de miser avec gourmandise sur les titres les plus risqués.

"Nous n'aimons pas les blues chips", ces actions des grands groupes jugés sûrs comme les entreprises pétrolières étatiques, tranche Mme Xu. "Ces titres-là ne grimpent jamais beaucoup, vos placements dorment sans rien rapporter".

Elle préfère nettement les titres très volatils du secteur technologique, dont les vertigineuses fluctuations lui donnent parfois l'occasion de réaliser de jolies plus-values.

Sur l'écran, constellé de vert - en Chine, c'est la couleur associée à la baisse -, l'indice shanghaïen ne cesse de sombrer. Mme Xu confie: "Il fallait absolument que je vienne aujourd'hui. Mon coeur ne serait pas resté tranquille, si j'étais demeurée assise à la maison".

Placements hasardeux

Pour Tang Shunfu, retraité shanghaïen de 65 ans, la salle de courtage est devenue un rituel quotidien même s'il y a perdu des plumes. Il raconte avoir perdu environ 250'000 yuans (37'000 francs) sur les trois derniers mois, emportés par des placements hasardeux et les oscillations en dents de scie des cours.

Sous la pression de sa famille, il s'est finalement retiré du marché la semaine dernière. Mardi, cependant, il n'a pu s'empêcher de revenir à la salle de Hongta Securities "pour garder un oeil sur la situation".

Au milieu de la débâcle boursière et du chaos ambiant, M. Tang, calligraphe amateur, s'efforce de garder son calme: il peint obsessivement le caractère "endurer (un malheur)", qui combine les éléments du "couteau" et du "coeur".

Ses récents déboires l'ont rendu amer. "Mais je ne m'avoue pas vaincu. Je veux regagner l'argent que j'ai perdu", s'exclame-t-il.(ats)






 
 

AGEFI


 

 



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