A quand des market outlooks sans jargon?

mardi, 12.02.2019

Mathieu Mollard*

Le mois de Janvier a vu se succéder les incontournables perspectives des marchés proposées par la plupart des sociétés financières, petites et grandes, à destination de leurs clients et partenaires. Conférence, newsletter, brochure, blog, podcast, vidéo; les formats sont variés. Mais les messages sont-ils bien passés?

Les professions à jargon établissent naturellement une hiérarchie tacite entre ceux qui comprennent et ceux qui ne comprennent pas, installant la légitimité de l’expert et de ses paroles; médecins, notaires, informaticiens et même Chief Investment Officers. Le traditionnel exercice des market outlooks de janvier donne en effet parfois cette impression, où le CIO, lui aussi Docteur (en économie, mathématiques ou astrophysique), présente son analyse technique, savante, donc convaincante. Mais combien d’auditeurs ou de lecteurs vont-ils véritablement être capables de suivre la démonstration? 

Bien sûr une analyse simpliste ne serait pas crédible, mais une analyse trop technique ne l’est pas forcément davantage. Graphiques complexes, slides surchargés de texte ou de chiffres et profusion de termes techniques, comme on le voit malheureusement trop souvent, risquent d’égarer en chemin le destinataire, surtout lors d’une présentation orale. Dans son ouvrage à succès Presentation Zen, l’auteur américain Garr Reynolds préconise 6 mots maximum par slide, car on peut difficilement lire et écouter le présentateur en même temps. On en est souvent bien loin.

L’impression d’incompréhension peut être aggravée par le fait que les experts se doivent d’être prudents lors de leur pronostique; emploi du conditionnel, scénarios multiples, clause de non-responsabilité. Les plus circonspects préféreront même se livrer à une rétrospective de l’année écoulée plutôt que de se risquer à un pronostique de l’année à venir. 

Il est donc difficile pour le client lambda, perdu entre jargon technique et absence de certitude, de bien saisir ce qui l’attend pour cette nouvelle année.

Pourtant l’accès au savoir est aujourd’hui facilité par les MOOC (Massive Online Open Course) spécialisés en finance qui font salle (virtuelle) comble, les sites internet de vulgarisation financière ou encore les dossiers spéciaux dans les médias grand public. La fiction s’y met également avec une série TV comme Billions. Mais même en assumant que de plus en plus de destinataires soient «qualifiés», ont-ils alors seulement le temps, ou l’envie, de se plonger dans des pages et des pages d’analyses? Pourquoi ne pas imaginer une façon plus didactique et accessible de communiquer cette expertise indéniable, cette réelle valeur ajoutée dans la relation avec le client? 

Bien sûr il ne s’agit pas de résumer une complexe prévision de marché en 280 caractères Twitter ou une story Instagram (même si cela pourrait être original!). Pourtant il va falloir s’adapter, aller à la rencontre de cette audience qui veut comprendre, simplement, et pouvoir prendre des décisions éclairées, en toute confiance. Le renforcement de la protection de l’investisseur, objectif de MiFID 2 et LSFin/LEFin, passe d’ailleurs par une meilleure communication avec les clients. 

En 1965, lors du concile de Vatican II, l’Eglise Romaine décidait d’abandonner la messe en latin, pour faciliter le rapprochement avec ses fidèles. A quand un concile Genève I pour que la grande messe des markets outlooks se fasse désormais en langage plus accessible?

*Consultant et fondateur de COMandWealth






 
 

AGEFI



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