Marchés émergents: quels sont les facteurs de vulnérabilité?

jeudi, 30.08.2018

A l’instar de la Chine, tant que la réponse est adéquate et communiquée avec transparence, crédibilité et stabilité ne devraient pas être trop impactées.

Claudia Calich*

Claudia Calich

Les marchés émergents peuvent bien évidemment se montrer vulnérables aux guerres commerciales. Les échanges sont susceptibles d’être affectés par une guerre commerciale de différentes façons: augmentation des prix des produits importés, dépréciation des devises des pays exportateurs, ainsi que report des décisions d’investissement jusqu’à ce que les incertitudes se dissipent. Les guerres commerciales peuvent aussi entraîner une baisse de la consommation si les hausses de prix ne sont pas absorbées par les entreprises. On peut enfin assister à un resserrement des conditions financières en cas de réduction des investissements directs étrangers (IDE) ou encore d’augmentation des primes de risque sur les actions ou les obligations. L’ensemble de ces facteurs est en mesure d’entraîner un ralentissement de l’activité économique. 

Mais à ce stade, il est difficile d’apprécier précisément l’impact des tensions actuelles puisque les sites de production et les chaînes logistiques mondiales ne peuvent pas être modifiées ou délocalisées du jour au lendemain. Même si de nouvelles taxes étaient imposées, il serait sans doute moins onéreux de les payer plutôt que de délocaliser un appareil de production à l’autre bout du monde. Reste à savoir si les entreprises américaines seront capables de répercuter ces coûts additionnels sur leurs clients, ou si les clients seront prêts à accepter les hausses de prix. Il existe peut-être des moyens de contourner ces taxes: récemment, lorsque la Russie a imposé des barrières douanières sur certains produits occidentaux, le vin et le fromage français ont réussi à transiter par des pays différents pour atteindre leur destination finale. Une guerre commerciale pourrait aussi avoir des effets à l’égard de tiers: par exemple, des taxes sur les produits chinois pourraient s’avérer bénéfiques aux exportations mexicaines vers les États-Unis. Certains constructeurs automobiles américains, comme Ford, sont déjà largement présents au Mexique. 

Repli des matières premières

Récemment, les cours des matières premières se sont repliés en raison de ces tensions commerciales, lesquelles pourraient peser sur la croissance chinoise. Un fort ralentissement entraînerait alors des baisses supplémentaires. Mais il faut bien garder à l’esprit que l’excédent de la balance des opérations courantes chinoise ne représente que 1% du PIB à l’heure actuelle, ce qui est bien inférieur aux 10% d’il y a 10 ans, étant donné que l’économie est en train de basculer d’un modèle reposant sur la production manufacturière et les exportations à un modèle basé sur la consommation. Les matières premières importées par la Chine sont généralement utilisées dans les projets d’infrastructures, qui sont plus tributaires de la croissance domestique, tandis que les taxes concernent essentiellement les produits manufacturés. Par conséquent, la demande de matières premières pourrait ne pas baisser autant que certains s’y attendent.

La réponse de la Chine va s’avérer déterminante. Si les autorités commencent à utiliser le yuan comme un outil de négociation, et imposent une dévaluation, cela peut attiser les tensions et potentiellement provoquer une instabilité financière. On ne peut jamais écarter la probabilité, très faible mais bien réelle, d’un scénario extrême, qui entraînerait vraisemblablement un environnement défavorable à la prise risque, caractérisé par un élargissement des spreads et une aggravation des déficits.

Stabilité financière en Chine

Les autorités chinoises ont toutefois réaffirmé leur détermination à l’égard de la stabilité financière et leur volonté de ne pas utiliser leur devise comme outil. Comme c’est le cas en Chine, d’autres banques centrales dans les pays émergents ont amélioré leur gouvernance et rehaussé leur crédibilité ces dernières années. Par conséquent, tant que leur réponse est adéquate et fait l’objet d’une communication transparente, leur crédibilité et leur stabilité ne devraient pas être fortement impactées.

Dans un tel contexte, les investisseurs peuvent trouver des opportunités sur certains segments de l’univers émergent. Suite à la correction du marché chinois du crédit, les spreads ont atteint des niveaux qui pourraient être intéressants, notamment dans le secteur immobilier. Nous privilégions l’exposition locale à certains pays dont les taux d’intérêt réels ou nominaux sont attractifs, comme le Brésil ou l’Uruguay, ou dont le taux d’inflation a atteint son point culminant, comme le Mexique. Sur le segment des obligations d’entreprises, nous privilégions les émetteurs quasi-souverains du secteur pétrolier et gazier affichant des fondamentaux solides, ainsi que sur certains émetteurs péruviens du secteur de la consommation et mexicains du secteur immobilier. Après 2015, nous étions optimistes à l’égard de la dette libellée en devise locale, convaincus que le rebond du dollar était pratiquement terminé. Les valorisations des émissions de dette libellées en dollar sont plus attractives aujourd’hui qu’elles ne l’étaient en début d’année compte tenu de l’élargissement des spreads, et nous commençons à déceler certaines opportunités intéressantes sur ce segment. Comme toujours sur les marchés émergents, il s’agit de se montrer sélectif.

* M&G Investments






 
 

AGEFI



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