Le monde de la musique: Live is Life!

dimanche, 19.08.2018

A l’heure où le festival Guitare en Scène vient de clore sa 12e édition, retour sur un changement de paradigme économique dans le monde de la musique.

Frédéric Kohler*

Si le public enthousiaste peut dire merci à Jacques Falda le fondateur de Guitare en Scène (GES), les artistes qu’il programme peuvent en dire autant et en particulier les jeunes pépites qu’il détecte toute l’année et qu’il propulse sur ses tremplins pendant 4 jours. En effet, depuis la révolution numérique qui a entraîné la mort lente de l’industrie du disque, les musiciens peinent à vivre de leurs droits d’auteur. Outre le piratage, qui comme son nom l’indique ne reverse rien, les plateformes de streaming imposent aux artistes des conditions draconiennes et n’ont donc pour la majorité d’entre eux absolument pas pris le relais en termes de revenus.

De fait, il ne reste aux musiciens pour vivre que le live. Les concerts ne sont plus comme avant un moyen de promouvoir le disque. Aujourd’hui, c’est leur nouvel album (même une compilation) qui sera le prétexte à une tournée salvatrice. Une des conséquences de ce bouleversement est que les festivals sont devenus incontournables pour tous les professionnels du secteur, qu’ils soient auteurs, compositeurs ou interprètes.

Résultat, en 20 ans, le nombre de festivals de musique a littéralement explosé et on en compte pas moins d’une centaine cet été dans un rayon de 150 km autour de Genève. En même temps que la musique s’est dématérialisée, elle n’a jamais eu autant besoin d’être vivante.

Si comme d’autres festivals, GES a su surfer sur cette tendance et s’imposer comme incontournable alors même qu’il se déroule aux mêmes dates que Paléo, cela ne veut pas dire pour autant que cela a été facile. Car cette nouvelle donne n’a pas échappé aux gros acteurs internationaux qui débarquent brutalement dans un univers resté longtemps celui des amateurs éclairés et des bénévoles passionnés. Les mastodontes américains (que sont Live Nation ou AEG), français (Vivendi) et les maisons de production ne sont plus de simples tourneurs avec qui on négocie la venue d’artistes, ils organisent de plus en plus souvent leurs propres festivals avec des têtes d’affiche exclusives quitte à concurrencer directement avec une puissance financière souvent impressionnante des festivals pourtant établis de longue date. Le festival de métal Download programmé en même temps que le Hellfest en est la meilleure démonstration. Musilac organisé par le parisien Alias Production ou l’arrivée d’une franchise Tomorrowland cet hiver en Isère en sont deux autres.

Il en résulte une compétition féroce entre les festivals indépendants pour faire venir les artistes de renom sans contrat d’exclusivité avec les majors et par ricochet une inflation des cachets (x2 en 8 ans pour les Vieilles Charrues). Cette tendance réjouis les stars qui voient leur valeur marchande s’apprécier mais se fait aussi souvent au détriment des artistes moins connus qui, pour compenser, en vont jusqu’à accepter de jouer gratuitement, juste pour espérer revenir l’année suivante sur la grande scène et cette fois-ci avec un cachet.

Collé à la frontière franco-suisse, GES n’échappe pas à la règle. Grâce à son réseau personnel et la crédibilité des éditions passées, Jacques Falda a pu cette année à la fois annoncer Sting ou Zucchero en locomotives pour attirer les foules mais également proposer chaque soir un groupe déniché parmi 200 candidatures lors de tremplins organisés toute l’année écoulée à Genève, Lyon et Chamonix. Et vous savez quoi, chose incroyable… il les a même payés. Pour Guitare en scène comme pour son patron et ses artistes, Live is Life.

*Directeur ISFB






 
 

AGEFI



...