Baisse des rendements: attention au risque de duration!

dimanche, 08.03.2020

A la moindre hausse des rendements, les obligations de longues maturités subiront les pertes les plus marquées.

Gianni Pugliese*

Gianni Pugliese

Que faire quand le danger vient de là où l’on a l’habitude de se réfugier? 

Les gérants de fortune ont traditionnellement investi une portion des portefeuilles dans les obligations afin d’en réduire le risque total. L’exposition à cette classe d’actifs, estimée plus stable, est censée protéger une partie de la valeur des portefeuilles en cas de correction des marchés actions. Seulement voilà, la crise de 2008 et la fragilisation de l’économie mondiale ont poussé les banques centrales à intervenir massivement et les rendements obligataires n’ont cessé de chuter. 

La quête de rendement a alors encouragé les investisseurs à prendre du risque de duration sur les obligations étatiques d’abord, puis de crédit et de duration sur les dettes d’entreprises. Elle a progressivement érodé le statut d’abri. Le danger qui en découle est lié à une rémunération insuffisante des risques de crédit et de duration exacerbés par des rendements toujours plus bas. Certes, les marchés obligataires indiquent actuellement un fort potentiel de récession. Mais se réfugier sur des courbes souveraines suisses ou allemandes revient à accepter des rendements négatifs jusqu’en 2064 pour la première et 2050 pour la seconde. 

De l’autre côté de l’Atlantique, le 10 ans s’est traité sous la barre des 0.80%, du jamais vu. A la moindre hausse des rendements, les obligations de longues maturités subiront les pertes les plus marquées. Mais ce n’est pas tout. Ce risque de duration s’est étendu aux obligations d’entreprises selon un schéma identique à celui des emprunts d’Etats: lorsque les rendements courts ne payent plus, les investisseurs vont chercher plus loin. Une aubaine pour les emprunteurs qui en profitent pour émettre de la dette à plus long terme à des conditions très favorables. 

Tous les ingrédients sont ainsi réunis pour augmenter la volatilité et donc le risque: des maturités longues, des rendements faibles et des coupons toujours plus bas. L’indice Bloomberg Barclays US Corporate Investment Grade illustre ce phénomène. Depuis le début de l’année, le rendement à maturité de l’indice a reculé de 2,83% à 2,26%, malgré une prime de risque qui s’est écartée de 93bp à 128bp. La performance de l’indice sur la période a été de +4.77%. En même temps, la duration a augmenté de 7,9 ans à 8,27 ans. Pour rappel, la duration est utilisée dans le calcul de la sensibilité du prix de l’obligation suite à une variation du taux d’actualisation. Plus elle est longue, plus la sensibilité devient importante. 

Mais revenons à notre exemple. Si le rendement devait augmenter de 100bp et atteindre 3,26%, la valeur de l’indice reculerait théoriquement de 8,27%. A titre de comparaison, le rendement moyen a été de 3,37% sur les 5 dernières années. Alors que faire? Si le refuge est moins sûr, rien n’empêche de le solidifier. Raccourcir la duration et accepter de renoncer à une part de rendement font partie du processus. Même à ces niveaux, les obligations demeurent une composante essentielle de diversification des portefeuilles. Après tout, jusqu’à récemment, les niveaux des indices boursiers n’étaient pas bon marché non plus...

* Analyste Obligation chez Mirabaud & Cie






 
 

AGEFI



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