Les remboursements de hedge funds restent en part majeure dans le secteur

dimanche, 05.05.2019

89% du produit des retraits sont alloués à d’autres fonds, en proportion grandissante à des gérants déjà en portefeuille, selon l’enquête 2019 de CS.

Piotr Kaczor

Après une performance négative l’an dernier (-6,7% pour l’indice HFRX), autrement dit légèrement moins défavorable que celle des marchés d’actions, les hedge funds affichent cette année une performance positive (+6% au premier trimestre), enregistrant même leur meilleur premier trimestre depuis 13 ans, tout en continuant de sous-performer,  le rebond, à deux chiffres, de la plupart des marchés d’actions. La performance positive des hedge funds au premier trimestre a été atténuée par des reflux de fonds, le quatrième trimestre consécutif de reflux nets, après quatre trimestres d’afflux nets. 

310 investisseurs institutionnels sondés

Dans ce contexte, Credit Suisse a publié la semaine dernière les résultats de son enquête 2019 sur les hedge funds, réalisée auprès de 310 investisseurs institutionnels à travers la planète, dont plus de la moitié en Amérique (52%), un petit tiers en Europe EMEA et le reste (16%) en Asie-Pacifique. Il ressort notamment de celle-ci que les investisseurs sondés restent optimistes puisqu’ils anticipent pour cette année un rendement de 7,2% alors qu’ils anticipaient pour 2018 un rendement de 8,5%. 

Conséquence des contextes de marchés difficiles traversés en 2018, les stratégies moins corrélées aux actions sont particulièrement demandées: les approches Macro, Actions neutres de marché fondamentales et les multi-stratégies ont de ce fait nettement gagné en faveur en un an. Au niveau de l’évolution de la demande nette, l’appétence pour les titres de sociétés financièrement en difficultés (distressed) fait même de cette approche celle qui a opéré sa plus grande progression en un an, soit de 6% à 21% (+15%), devant l’approche Macro discrétionnaire (+12%) et l’approche de l’investissement durable SRI /ESG qui atteint le huitième rang sur les 36 styles d’investissement répertoriés par Credit Suisse. Il convient de souligner que l’approche Actions – Marchés émergents compte parmi celles qui ont enregistrent cette année l’une des baisses de faveur les plus marquées (-10%) mais qu’elle reste la plus prisée au niveau de la demande nette (à hauteur de 23%) cette année, après 33% l’an dernier. Du moins si l’on considère l’ensemble des allocations. Les deux stratégies pour lesquelles la demande nette s’inscrit le plus en recul cette année sont l’Event Drivent, activiste (-2%) et l’approche quantitative CTA/Managed Futures (-6%).

Prédilections différentes en Amérique et en Europe

Ainsi que l’illustre le tableau ci-dessus, le tableau par zone géographique est plus contrasté puisqu’il montre que l’approche Actions Emergentes reflète surtout la prédilection des investisseurs américains (32%), pour lesquels les Actions du secteur de la Santé (30%) et l’Event Drivent sur les entreprises en difficultés financières (28%) suivent de près. Les Européens quant à eux semblent plutôt miser sur le style Macro Discrétionnaire (26%), une approche qui a bénéficié d’un regain de faveur, au plan global, de la part des fonds de hedge funds (FoHF) et des Family Offices. Les investisseurs asiatiques ont également exprimé un plus grand intérêt pour l’approche macro (33%), mais aussi et surtout pour les multi-stratégies. 

Il ressort notamment de cette enquête que près de neuf dixièmes (89%) des investisseurs qui ont demandé un remboursement (redemption) de leurs placements en hedge funds l’an dernier ont réalloué ces fonds à d’autres hedge funds, un niveau légèrement supérieur à celui enregistré un an plus tôt (87%) et qui représente même la valeur la plus élevée sur trois ans. Un cinquième des fonds réalloués l’ont en outre été à de nouveaux hedge funds, 14% à d’autres hedge funds déjà en portefeuille (6% un an plus tôt), une part qui a par conséquent plus que doublé en un an. Alors que les motifs des demandes de remboursements varient  (fermeture du fonds, rééquilibrage de portefeuille ou questions liées aux gérants). 

Comptes gérés en vogue

Parallèlement, les capitaux continuent à se diriger vers des produits non traditionnels. 58% des allocations ces 12 à 18 derniers mois se sont dirigées vers des structures alternatives, principalement des comptes gérés séparés (Managed Accounts) sur mesure et des co-investissements. L’intérêt grandissant pour des mandats sur mesure a incité les investisseurs à optimiser leurs relations existantes avec les hedge funds et à développer des partenariats englobant avec un nombre limité de gérants. Ce qui donne lieu à une consolidation des hedge funds dans des portefeuilles pour lesquels le nombre moyen de gérants (31) a baissé de 35% depuis 2009. 

«Les allocateurs continuent de recalibrer leur utilisation des hedge funds. Les prédilections tendent à se déplacer vers des solutions sur mesure par le biais de comptes joints ou Managed Accounts et de co-investissements adaptés à des objectifs d’investissements, expositions et paramètres spécifiques. Dans le même temps, les investisseurs considèrent de plus en plus des allocations réalisées dans l’optique de l’ensemble de leur portefeuille, donnant lieu à une convergence des hedge funds et des classes d’actifs traditionnelles» ainsi que le souligne Joseph Gasparro, un responsable de Credit Suisse Capital Services Americas, dans le communiqué diffusé le 1er mai par Credit Suisse.






 
 

AGEFI



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