5G: trois ou quatre choses que je sais d’elle

dimanche, 05.05.2019

Dominique Rochat *

La polémique sur l’introduction de la 5G est devenue virale. Après avoir contaminé la Suisse romande, l’épidémie des moratoires s’étend aux cantons alémaniques ainsi qu’à des communes. Et pendant ce temps, vous, moi et les autres continuons de solliciter non-stop ou presque nos téléphones portables et autres gadgets connectés. C’est au minimum paradoxal et pas loin d’être schizophrène.

La peur de l’inconnu et des nouvelles technologies n’est pas neuve et touchait déjà probablement nos premiers ancêtres. Curieusement, la communication mobile a jusqu’à maintenant peu souffert de ce réflexe quasi reptilien. Nous avons passé allègrement de la 2G à la 3 puis à la 4G. La 5e génération représente certes un saut technique majeur, mais reste dans les pas des précédentes. Y a-t-il tout de même des raisons sérieuses d’y mettre le holà?

A vrai dire, on peine à en trouver à ce stade. Ainsi, les fréquences récemment attribuées à la 5G par la Suisse sont identiques à celles déjà utilisées actuellement pour la téléphonie mobile ou le Wifi. Le principe de précaution reste aussi appliqué avec une rigueur toute helvétique aux normes d’émission, qui ne changent pas. Selon l’Office fédéral de l’environnement, elles sont dix fois plus sévères que les recommandations de l’OMS pour les endroits où des personnes résident. La Suisse dispose aussi depuis 2014 d’un groupe d’experts (BERENIS) qui passe au crible les études scientifiques relatives aux effets des ondes sur les humains. S’y ajoutera d’ici peu la mise en place d’un système de mesure de l’exposition de la population aux ondes. C’est une excellente initiative, qui permettra se baser sur des faits plutôt que sur des suppositions.

Parlant de faits, nous sommes déjà loin d’être démunis. Faisant œuvre de pionnier, le canton de Zurich a lancé une campagne de mesures en 2016. Elle a montré que l’exposition des individus testés est très inférieure aux limites fixées. Ces résultats sont cohérents avec des mesures faites dans d’autres pays d’Europe. Il apparaît aussi que près de 90% de l’exposition vient des appareils que nous utilisons. Des actions simples permettent de l’atténuer fortement, comme les éloigner, utiliser un dispositif main-libre pour téléphoner, ou en modérer l’utilisation...

Compte tenu des apports attendus de la 5G, il est indispensable de mener une discussion sérieuse sur le développement des communications mobiles. Cette évolution technologique augmente fortement les capacités de transmission, permet de connecter beaucoup plus d’appareils, avec un temps de réaction très faible. Cela ouvre de grandes perspectives de développement de nouveaux produits et services, dans de très nombreux secteurs. Peut-on sérieusement imaginer que la Suisse, dont la prospérité repose sur l’innovation, devienne une sorte de trou noir de la 5G en Europe, pour des raisons infondées? S’il y a des moratoires à instaurer, commençons par celui sur l’obscurantisme.

* Responsable de projets, economiesuisse






 
 

AGEFI



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