Actions émergentes en période de transition

jeudi, 03.01.2019

2019 pourrait marquer le début d’une reprise modeste, profitant de la croissance (relative) positive des bénéfices et d’une réduction de l’impact des facteurs négatifs observés en 2018.

Jan Boudewijns*

2018 et 2019 pourraient bien être considérées comme des années de transition pour les marchés émergents. Si les pays émergents ont entamé l’année sur une note positive, poursuivant ainsi leur longue période de consolidation, les cours des actions ont nettement reculé durant le reste de l’année. 2019 pourrait cependant marquer le début d’une reprise modeste, profitant de la croissance (relative) positive des bénéfices et d’une réduction de l’impact des facteurs négatifs observés en 2018.

2018: impact des droits de douane et des taux d’intérêt 

Après un début d’année prometteur, les espoirs se sont rapidement envolés: la Réserve fédérale américaine (Fed) a en effet commencé à durcir son approche monétaire et les réductions d’impôts mises en place par Washington ont incité de nombreuses entreprises américaines à rapatrier des revenus générés à l’étranger. S’en est suivie une pénurie de dollars dans le système mondial, ce qui pénalise la plupart du temps les marchés émergents.

Par la suite, le président Donald Trump a annoncé la mise en place de droits de douane avant de menacer d’appliquer des taxes supplémentaires, notamment à l’encontre de la Chine. 

Outre les risques liés à une guerre commerciale, les marchés se sont également montrés inquiets quant à la santé de l’économie chinoise, dont la croissance a ralenti, impactée par les limites de crédit imposées par Pékin pour éviter toute surchauffe. Dans le même temps, les investissements en infrastructures, qui représentent une large portion de l’économie chinoise depuis la fin de la crise financière, se sont effondrés. 

Il se pourrait bien que les États-Unis et la Chine parviennent à négocier un cessez-le-feu économique. Donald Trump a en effet coutume d’employer un ton menaçant avant d’adoucir son approche et de négocier. L’accord qui viendra remplacer l’Aléna en est un parfait exemple. Dans le cas d’une entente entre les États-Unis et la Chine, les actions des marchés émergents réagiront favorablement. 

L’accord signé lors du G20 début décembre ne procure qu’un répit de 3 mois. Tout ralentissement de l’économie chinoise durant ce laps de temps obligera Pékin à déployer de nouveaux plans de relance. 

La Chine a d’ores et déjà allégé les taxes à l’exportation, baissé l’impôt sur les sociétés et les ménages, abaissé les exigences de réserves obligatoires des banques et initié de nouveaux projets d’infrastructure. Les banques ont reçu l’ordre de prêter davantage au secteur privé, qui représente 60% de l’économie. La Chine pourrait en outre affaiblir sa devise dans l’intention de rendre ses exportations plus compétitives. 

Si l’on en croit l’année écoulée, 2019 ne sera pas de tout repos. 2018 a en effet été marquée par d’importants épisodes de volatilité. L’Inde, par exemple, a généré d’excellentes performances jusqu’à la dégringolade de son secteur financier au troisième trimestre. Les actions brésiliennes, quant à elles, se sont envolées après la victoire de Jair Bolsonaro lors des élections d’octobre. Au Mexique, la bourse est restée stable jusqu’à ce que le nouveau gouvernement interrompe la construction d’un nouvel aéroport et définisse des plafonds de frais dans le secteur bancaire. Le cours de la première banque mexicaine a chuté de 40% depuis octobre. 

Ainsi, au vu des nombreuses entreprises bien gérées qui offrent de la valeur, une approche sélective nous semble appropriée sur les marchés émergents. Si les investisseurs ont laissé de côté les entreprises de croissance en 2018, nombreux sont ceux qui devraient commencer à témoigner un regain d’intérêt envers les valeurs de croissance et de qualité en 2019.

Visibilité réduite à court terme

La visibilité est limitée sur les émergents, et les surprises économiques restent par conséquent possibles, notamment une nouvelle hausse des taux d’intérêt par la Fed et une escalade de la guerre commerciale. 

Solides perspectives à long terme 

Néanmoins, après leur vive correction, les valorisations sont aujourd’hui intéressantes et toute surprise positive pourrait se traduire par une envolée des cours. En outre, le potentiel de croissance reste supérieur à celui des marchés développés et les risques semblent s’amenuiser. 

L’année 2019 devrait être appréhendée comme une opportunité d’achat dans un marché survendu et dans lequel le sang-froid devra être de rigueur pour exploiter les solides fondamentaux à long.

*Candriam, Head of Emerging Equity Management






 
 

AGEFI



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