1, 2, 3… projets!

mercredi, 19.02.2020

Céline Renaud*

Céline Renaud

Il y a vingt ans, dans mon bureau à Crissier, je raccroche le téléphone avec une coache qui vient de faire un super travail pour notre équipe de quinze personnes. Dans le deal, elle devait nous rendre un rapport sur ce qui s’était déroulé. Et après maintes et maintes relances, le rapport ne nous était pas parvenu, ni la facture. Pour finir, elle n’a jamais osé envoyer la facture car elle n’a pas finalisé son rapport alors que son intervention auprès de l’équipe en pratique était extrêmement précieuse et constructive et que plus du 80 % du contrat était réalisé… 

Cet exemple est assez récurrent. En coachant depuis plus de 20 ans des entrepreneurs, si le premier pas est souvent difficile à faire, nous nous rendons compte que de bien clôturer un projet est tout aussi important! La prise de décision est essentielle aussi bien pour faire ce premier pas que le dernier. Il y a d’un côté des entrepreneurs pour qui c’est très facile de prendre des décisions. Ils le font au quotidien, sans réfléchir c’est une seconde nature pour eux. D’autres personnes vont évaluer très longtemps, soupeser si la décision peut être encore reportée, voire si c’est le bon choix, chercher le beau et la perfection quitte à passer par exemple deux semaines pour déterminer la teinte d’un bleu d’un certain logo.

Un autre facteur qui rend compliqué la finalisation des projets c’est: trop de projets tue les projets. En entreprise, je vois des employés chargés de projets se noyer avec le nombre sans cesse augmentant de projets. Et parfois, ils doivent abandonner au gré des changements de direction. Leurs années d’investissement et de travail n’auront servis à rien. Ce sera difficile pour eux de surmonter cela. Mais il ne faut pas se leurrer. Les statistiques sont sans appel. 

Près de 40 % des gros projets, définis comme plus de 10 millions de francs, sont abandonnés! Et encore plus de 50 % sont remis sans respect du délai, du budget ou des fonctions initiales. Seuls 10% de projets arrivent à terme en respectant le cahier des charges initial.Les changements en cours de projet sont donc inévitables. C’est aussi la raison pour laquelle la gestion des projets a évolué. Si au début, les porteurs de projets délivraient la finalité en une seule fois, la gestion de projet s’est mutée en y intégrant le client ou le demandeur tout au long du projet afin de pouvoir l’adapter de manière adéquate.

Alors si le premier pas est important, le dernier aussi. Trop souvent, j’ai vu de magnifiques projets prêts à aboutir et pourtant empêtrés. Le délivrable est impératif. Cette étincelle d’énergie supplémentaire pour boucler un projet est la même que celle qu’il faut pour le démarrer. Et là aussi l’on retrouve deux catégories, ceux qui décident et bouclent et les autres qui laissent traîner… Par exemple, lorsqu’il faudrait licencier un collaborateur pour manquement, nous nous disons qu’il peut peut-être encore rester car cela fait longtemps qu’il est là. Et c’est ainsi que nous pouvons faire pourrir une ambiance et faire souffrir toute son équipe. 

Alors comment déclencher ce premier pas ou clôturer un projet? Ma réponse est: donner. Donner de l’attention, de l’énergie, être généreux. L’entrepreneur, qui est très souvent sous l’eau, est pourtant aussi une personne très généreuse de son temps et prête à aider, à transmettre son savoir. Alors vive les projets mais pas trop!

* Entrepreneure et conférencière






 
 

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