Pourquoi le président Trump n’aime pas la Chine?

lundi, 02.12.2019

Dominique Jolly*

Dominique Jolly

J’ai fait mon premier voyage en Chine en 1998. Le PIB américain atteignit cette année-là les 9000 milliards de dollars alors que la Chine dépassa péniblement les 1000 milliards. Vingt ans plus tard, le PIB des Etats-Unis est de 20.000 milliards, soit 2,2 fois plus qu’en 1998. Dans la même période, les Chinois auront multiplié leur PIB par… 14 pour atteindre 14.000 milliards. Si l’on compte en parité de pouvoir d’achat, et non en devises, le PIB chinois a dépassé le PIB des Etats-Unis depuis 2014. L’évolution des exportations a suivi la même tendance alors que les Américains peinent à vendre aux Chinois, d’où le déficit dont on ne cesse de parler et les plus fortes réserves de change au monde (dont on parle un peu moins). 

Quand j’ai fait mon premier voyage en Chine, il n’y avait pas un kilomètre de ligne ferroviaire à grande vitesse. Le réseau est maintenant devenu, avec plus de 30.000 kilomètres, le plus grand réseau au monde. En 1998, l’Iran produisait plus de voitures par an que la Chine (un million vs 600.000). Aujourd’hui, avec 25 millions de voitures par an, la Chine est devenue de loin le premier marché et le premier producteur au monde. En 1998, il n’y avait que 10 voitures pour 1000 habitants en Chine; le taux d’équipement dépasse aujourd’hui les 120.

Lorsque j’ai fait mon premier voyage en Chine en 1998, il y avait 20 millions d’Internautes; il y en a plus de 800 millions depuis 2018. Alibaba était en 1998 une jeune pousse totalement inconnue - sauf à Hangzhou où elle avait été fondée. Vingt ans plus tard, le groupe pèse plus de 500 milliards en bourse. En 1998, il n’y avait pas de classe moyenne; celle-ci fait maintenant à minima 300 millions (la population des Etats-Unis).

En 1998, l’essentiel des flux d’investissement étaient des flux entrants venant des Etats-Unis, de l’Europe et du Japon. Alors que les firmes étrangères investissaient 120 milliards par an en Chine, celle-ci n’investissait que quelques milliards par an à l’étranger. A partir de 2004, les Chinois ont commencé à investir à l’étranger significativement; la barre des 200 milliards a été franchie depuis 2015. Ils ont notamment racheté Volvo, Pirelli et Syngenta.

En 1998, je me souviens à quel point nous avions été condescendants au sujet de la création technologique en Chine. A cette époque, la Chine produisait annuellement 20.000 articles scientifiques, les Chinois consacraient 30 milliards de dollars à la R%D et déposaient 50.000 brevets par an. La Chine a aujourd’hui dépassé les Etats-Unis sur ces trois critères: elle produit 500.000 articles (plus que les Etats-Unis), dépense 500 milliards en R&D (plus que les Etats-Unis) et dépose 1,4 millions de brevets par an (plus que les Etats-Unis). Et je ne parle pas de toutes ces licornes chinoises qui portent ces innovations sur le marché.

Nombreux sont donc les domaines où la Chine a réalisé des progressions époustouflantes: PIB, commerce extérieur, TGV, construction automobile, création technologique, Internet, … au point de ravir aux Etats-Unis la place de numéro qui était la leur depuis 1872 où ils avaient dépassé le Royaume-Uni. Même au plan militaire, considérer que l’écart actuel entre les budgets chinois et américains (200 vs. 600 milliards de dollars) pourra être comblé à un horizon rapproché est une hypothèse qui doit être considérée. Vous comprenez pourquoi le président Trump est si contrarié. La pilule est amère. Mais, finalement, le président Trump n’est pas si impulsif qu’on le dit; voici quelques années qu’il a compris l’inexorable retour de la Chine sur la scène mondiale. C’est donc plutôt Xi Jinping qui fait la Chine «Great again» et non Donald Trump qui fait les USA «Great again». Ce qui est inquiétant pour les Américains, c’est que leur président cherche à convaincre les entreprises étrangères de quitter la Chine pour se relocaliser ailleurs. Pas forcément une bonne idée. Il devrait se rappeler que General Motors renaît de ses cendres en Chine et que l’américain produit maintenant plus de voitures en Chine (3,6 millions) qu’aux Etats-Unis (2,9 millions). Il devrait se rappeler que les Chinois ne jurent que par Apple, KFC, Nike, Starbucks…

* Chair School of Business & Technology, Webster University Geneva






 
 

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