Plastiques: peu durables en mains, très persistants dans l’environnement

mardi, 11.09.2018

René Longet*

René Longet

1,6 million de kilomètres carrés, 39 fois la Suisse, telle est la surface océanique recouverte de débris plastiques, de morceaux d’emballages, de bouteilles en PET, d’éléments hétéroclites flottants. Qui proviennent à 80 % des terres et sont avant tout des déchets ménagers mal collectés, mal recyclés ou abandonnés dans les régions proches de la mer. Mais aussi véhiculés par les cours d’eau ou le vent.

Plus dangereux encore, les omniprésentes microparticules, aboutissement du lent émiettement dans la nature de ces matériaux. Elles s’infiltrent dans les systèmes vivants et les empoisonnent peu à peu. Un tiers des poissons pêchés dans la Manche en contiennent, ainsi que de nombreux mollusques. Divers plastiques comprenant des perturbateurs endocriniens, voilà un polluant de plus dans la chaîne alimentaire... Cette invasion des mers est bien pire qu’une marée noire, car si le pétrole est progressivement dégradé par des microorganismes, ce n’est pas le cas des plastiques. S’il est techniquement faisable de collecter les déchets d’une certaine taille avec des navires spécialement équipés, extraire les microparticules de l’eau est clairement impossible.

La terre ferme n’est pas épargnée: dans de nombreuses régions du monde, des déchets plastiques parsèment les champs, les espaces publics, s’accrochent aux branches. D’innombrables animaux les ingèrent et en meurent, lamentablement empêtrés dans ces lambeaux de plastique ou étouffés.

Ainsi un matériau très commode à l’usage, léger, malléable, se transforme en fléau environnemental et sanitaire. Très peu durable en nos mains, généralement irréparable, mais très persistant sous forme de déchet, c’est vraiment une malédiction.

Les remèdes ne sont pas simples à mettre en place mais ils existent: un ramassage des déchets plastiques à assurer quasiment à 100% en vue d’un recyclage ou d’une incinération (le plastique étant un dérivé du pétrole); une interdiction, comme une quinzaine d’Etats l’ont déjà édictée, des sacs en plastique - et d’autres objets en cette matière.

Cela nous rappelle que les Etats ont validé en 1992 le principe de précaution: «Pour protéger l’environnement, des mesures de précaution doivent être largement appliquées par les Etats selon leurs capacités. En cas de risque de dommages graves ou irréversibles, l’absence de certitude scientifique absolue ne doit pas servir de prétexte pour remettre à plus tard l’adoption de mesures effectives visant à prévenir la dégradation de l’environnement.» Il est temps de s’en inspirer, car prévenir est nettement plus facile que guérir.

* Expert en développement durable






 
 

AGEFI



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