«Digitalisation? Est-ce que j’ai une gueule de digitalisation?»

jeudi, 28.02.2019

Patrick Joset*

Patrick Joset

J’ai passé une partie de ma soirée à purger les vieux papiers du ménage: dix gros classeurs fédéraux pour huit ans de factures, certificats de salaires, relevés de comptes bancaires… Et las, je constate que je continue à remplacer un classeur plein par un vide mais qui sera bien rempli à la fin de l’année!

Mais alors la digitalisation? Eh bien oui, malgré tous les efforts, on produit toujours autant de papier. En 2016, la production mondiale de papier a même augmenté de 0,8 % pour atteindre 410 millions de tonnes. Chaque seconde dans le monde on produit 13 kg de papier! Bien sûr, différents acteurs économiques ont bien tenté de nous sensibiliser à tout ce gaspillage: facturation de chaque envoi papier, débit LSV ou e-facturation plutôt que bulletin de versement, email plutôt que courrier...

Mais le bon vieux papier s’agrippe et une bonne partie d’entre nous continue d’imprimer, puis classer scrupuleusement ses relevés reçus par mail. Plus par habitude ou confort que par réel besoin.

Et quand enfin la feuille blanche disparaît, c’est pour mieux renaître! Pas sur le visage en clair-obscur d’Arletty à l’ombre de l’Hôtel du Nord et sa fameuse réplique qui a inspiré le titre de cette chronique, mais sous forme par exemple de nouveaux magazines. On les appelle les «mooks» ou encore les «bookzines» – vive la langue française! Nées d’un croisement entre le livre et le magazine, ces publications attirent le regard: graphisme léché, superbes photos, impression sur un papier de qualité…

Mais je m’éloigne du vrai sujet! J’y reviens illico avec le constat que ce qu’on appelle la digitalisation** n’a pas attendu la fin de la deuxième décennie du XXIe siècle pour déployer ses effets. On pourrait fixer son apparition à la suite de celle d’internet, avec l’arrivée des systèmes de messagerie électronique. L’internet a rendu possible l’accès quasi-universel à l’information, pour autant qu’elle soit dématérialisée. Et la messagerie a permis sa diffusion point à point. Je m’abasourdis donc chaque jour devant le nombre de conférences et de séminaires qui mettent la révolution numérique et ses effets – pervers ou bénéfiques – à leur ordre du jour. Et je reste dubitatif devant les poncifs, les clichés, les banalités déployés pour attirer le chaland. Un florilège: «révolution numérique, le (dernier) moment pour se lancer», «comprendre la révolution numérique avant qu’il ne soit trop tard», «les défis ultimes de la transformation digitale»… et j’en passe.

La vraie révolution numérique sera celle qui remplacera véritablement les interactions inutiles, les intermédiaires superflus et les tâches réellement fastidieuses. Il y a encore beaucoup de travail!

* Groupe ABISSA

** La digitalisation ou numérisation est la conversion des informations d’un support (texte, image, audio, vidéo) ou d’un signal électrique en données numériques que des dispositifs informatiques numériques peuvent ensuite traiter (source Wikipedia).






 
 

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