Les «millenials», une énigme et une chance pour l’économie

vendredi, 13.07.2018

Claudine Amstein*

Claudine Amstein, directrice de la CVCI.

Fidéliser les collaborateurs issus des générations Y et Z constitue un gros défi pour les entreprises aujourd’hui. D’autant plus qu’ils représenteront bientôt la part la plus importante de la population active!

Les écrits concernant la meilleure manière d’intégrer – ou mieux – de fidéliser les générations Y (individus nés entre 1983 et 1994) et Z (nés entre janvier 1995 et décembre 1999) dans le monde du travail ne se comptent plus. Ce thème agite d’autant plus les patrons que les «millenials» constitueront bientôt la part la plus importante de la population active! Et comme ces nouveaux venus ont une approche pour le moins décomplexée de la longévité au sein des entreprises, on devine l’ampleur de la problématique. 

«Les jeunes veulent argent et liberté»

Dans leur ouvrage Générations Y & Z, le grand défi de l’intergénérationnel (Ed. De Boeck), cité par Le Temps, Daniel Ollivier et Catherine Tanguy relèvent que la génération Y «est la première à avoir clairement fait le choix de ne plus mettre la carrière au centre de son projet de vie. Elle travaille pour vivre, mais ne vit pas pour travailler». Les Z n’en pensent pas moins: «Les jeunes veulent argent et liberté», a titré Le Matin dimanche dans une récente édition, en référence à la septième étude «Millenial Survey» du consultant Deloitte. «Le recrutement de jeunes talents devient donc de plus en plus ardu», en déduit Bjornar Jensen, associé chez Deloitte Suisse.

De nombreux entrepreneurs l’avouent plus ou moins ouvertement: intégrer ces Y et ces Z constitue un véritable casse-tête, tant les codes qui avaient cours jusqu’à présent sont en train de voler en éclats. Dans le cahier «Carrières» du Temps de vendredi dernier, Silna Borter, professeur à la HEIG-VD, se demande carrément s’il est possible de fidéliser la génération Z. Pour elle, «c’est à l’entreprise de séduire, de retenir, de stimuler, de divertir. Par tous les moyens.» En offrant des conditions attractives et personnalisées, en favorisant un cadre de travail agile et épanouissant, en rendant les tâches ludiques et en variant le quotidien.

Une «Logique parfaitement helvétique»

«Mais à trop vouloir plaire, à quel moment l’entreprise risque-t-elle d’y perdre sa crédibilité?» nuance-t-elle. A ses yeux, exiger la fidélité d’un collaborateur revient certes à le placer dans une insupportable situation de dépendance dans le monde actuel mais, dans le même temps, «exiger de l’entreprise qu’elle se mue en une sorte de parc d’attractions pour intermittents du baby-foot n’est pas une solution plus durable». Alors, que faire? Comme souvent, c’est une question de bon sens. De «logique parfaitement helvétique», comme l’écrit Silna Borter: il faudra que chacun reprenne son extrémité de la relation pour en repenser le sens et les limites.

Dans le contexte actuel de pénurie de talents, l’économie doit recruter et former les jeunes diplômés au plus vite. Et dans ce monde qui bouge et qui se digitalise à toute vitesse, je considère l’arrivée de ces jeunes comme une chance. Après tout, les «millenials» se disent prêts à s’investir dans la durée si l’organisation leur apporte reconnaissance, possibilité de s’exprimer et vie en groupe. Alors, offrons-leur un cadre adéquat, répondons à leurs attentes avec des impulsions qui ont du sens et faisons-leur confiance.

*Directrice CVCI






 
 

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